‹ Théâtre de pocheChapitre 81 sur 82 · PIERRE CORNEILLE · texte numérisé non relu

PIERRE CORNEILLE

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Par une me étroite, au cœur du vieux Paris,

Au milieu des passants, du tumulte et des cris,

La tête dans le ciel et le pied dans la fange.

Cheminait à pas lents une figure étrange :

C'était un grand vieillard sévèrement drapé,

Noble et sainte misère, en sou manteau râpé.

Son œil d'aigle, son front argenté vers les tempes,

Rappelaient les fiertés des plus mâles estampes,

Et Ton eût dit, à voir ce masque souverain,

Une tête romaine à frapper en airain.

Chaque pli de sa joue austèrement creusée

Semblait continuer un sillon de pensée,

Et dans son regard noir, qu'éteint un sombre ennui.

On sentait que Téclair autrefois avait lui.

Le vieillard s'arrêta dans une pauvre échoppe.

Le roi-soleil alors illuminait l'Europe,

Et les peuples baissaient leurs regards éblouis

Devant cet Apollon qui s'appelait Louis.

A le chanter Boileau passait ses doctes veilles;

Pour le loger, Mansart entassait ses merveilles;

Au coin d'un carrefour, auprès d'un savetier,

Pied nu, le grand Corneille attendait son soulier.

Sur la poussière d'or de sa terre bénie'

Homère, sans chaussure, aux chemins d'Iom'e

Pouvait marcher jadis avec l'antiquité.

Beau comme un marbre grec par Phidias sculpté ;

Mais Homère à Paris, sans crainte du scandale,

Un jour de pluie, eût fait recoudre sa sandale.

Ainsi faisait l'auteur d'Horace et de Cinna,

Celui que de ses mains la Huse couronna,

Le fier dessinateur, Michel-Ange du drame.

Qui peignit les Romains si grands, — d'après son âme!

pauvreté sublime ! ô sacré dénûment.

Par ce cœur héroïque accepté simplement !

Louis, ce vil détail que le bon goût dédaigne,

Ce soulier recousu me gâte tout ton règne.

A ton siècle vanté, de lui-même amoureux.

Je nej)ardonne pas Corneille malheureux ;

Ton dais fleurdelisé cache mal cette échoppe.

De la pourpre, où ton faste à grands plis s'enveloppe.

Je voudrais prendre un pan pour Corneille vieilli,

S'éteignant loin des cours dans l'ombre et dans l'oubli ,

Sur le rayonnement de toute (on histoire,

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