‹ Theatre de Regnard (volume 2)Chapitre 144 sur 434 · ACTE III, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE II

Par un destin puissant, et des charmes secrets ,

Je me trouve attachée à tous ses intérêts.

Je rougis, je pâlis, quand il s’offre à ma vue :

S’il me quitte, des yeux je le suis dans la rue.

Mais que te dis- je, hélas! mon cœur partout le suit.

Ses manières, son air, occupent mon esprit;

Et souvent, quand je dors, d’agréables mensonges M’en présentent l’image an milieu de mes songes.

Est-ce estime? est-ce amour ?

LISETTE

C’est ce que vous voudrez ; Mais enfin c’est un mal dont vous ne guérirez Qu’avec un récipé d’un hymen salutaire ;

Et je veux m’employer à finir cette affaire.

Le chevalier, tout franc, est bien mieux votre fait. Léandre a de l’esprit, mais il est trop distrait.

Il vous faut un mari d’une humeur plus fringante ,

Léger dans ses propos, qui toujours danse ou chante ; Qui vole incessamment de plaisirs en plaisirs ,

Laissant vivre sa femme au gré de ses désirs , S’embarrassant fort peu si ce qu’elle dépense Vient d’un autre ou de lui. C’est cette nonchalance Qui nourrit la concorde , et fait que dans Paris Les femmes , plus qu’ailleurs , adorent leurs maris.

Tu sais bien que ma mère est d’une humeur étrange . Crois-tu que son esprit à ce parti se range?

Elle m’a défendu de voir le chevalier.

LISETTE

Sans se voir, on ne peut pourtant se marier.

Ne vous alarmez point : nous trouverons peut-être Quelque moyen heureux que l’amour fera naître,

Qui pourra tout d’un coup nous tirer d’embarras.

Un sort heureux déjà conduit ici ses pas.

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