ISABELLE, LE CHEVALIER , LISETTE
LE CHEVALIER , dansant et sifflant, à Isabelle.
Je vous trouve à la fiu. Ah ! bonjour, ma princesse;
LE DISTRAIT
Ij8
Vous avez aujourd’hui tout l’air d’une déesse;
Et la mère d’Amonr, sortant du sein des mers,
Ne parut point si belle aux yeux de l’univers.
De votre amour pour moi je veux prendre ce gage.
( Il lui baise la main. )
ISABELLE
Monsieur le chevalier...
LISETTE, au chevalier.
Allons donc, soyez sage.
Comme vous débutez !
LE CI1EVALIER, à Lisette.
Nous autres gens de cour,
Nous savons abréger le chemin de l’amour.
Voudrais-tu donc me voir, en amoureux novice ,
De l'amour à ses pieds apprendre l’exercice ,
Pousser de gros soupirs, serrer le bout des doigts?
Je ne fais point, morbleu, l’amour comme un bourgeois; Je vais tout droit au cœur.
(à Isabelle.)
Le croiriez-vous, la belle?
Depuis dix ans et plus je cherche une cruelle,
Et je n’eu trouve point , tant je suis malheureux !
LISETTE
Je le crois bien , monsieur; vous êtes dangereux !
LE CHEVALIER, à Isabelle.
J’ai bien bu cette nuit; et , sans fanfaronnades,
A votre intention j’ai vidé cent rasades.
Mon feu , qui dans le vin s’étoint le plus souvent ,
Reprend vigueur pour vous, et s’irrite en buvant.
Il fait, parbleu , bien chaud.
( 11 ôte sa perruque , et la peigne. )
LISETTE
La manière est plaisante.
Vous voulez nous montrer votre tête naissante ;
Ce regain de cheveux est encor bon à voir.
ISABELLE, au chevalier.
Vous êtes mal deltout : voulez-vous vous asseoir ?
Lisette, des fauteuils. ,
LE CHEVALIER
Point de fauteuil , de grâce.
ISABELLE
Oh ! monsieur , je sais bien...