ACTE III, SCENE II
LE CHEVALIER
Un fauteuil m’embarrasse.
Un homme là-dedans est tout enveloppé ;
Je ne me trouve bien que dans un canapé.
( à Lisette. )
Fais-m’en approcher un, pour m’étendre à mon aise.
LISETTE
Tenez-vous sur vos pieds, monsieur, ne vous déplaise. J’enrage quand je vois des gens qu’à tout moment Il faudrait étayer comme un vieux bâtiment,
Couchés dans des fauteuils , barrer une ruelle.
Et mort non de ma vie ! une bonne escabellc.
Soyez dans le respect. Nos pères autrefois
Ne s’en portaient que mieux sur des meubles de bois.
ISABELLE
Paix donc; ne lui dis rien , Lisette, qui le blesse.
LISETTE, à Isabelle.
Bon ! bon ! il faut apprendre à vivre à la jeunesse.
LE CHEVALIER
Lisette est en courroux. Çà , changeons de discours. Comment suis-je avec vous? M’adorez-vous toujouis ? Cette maman encor fait-elle la hargneuse?
C’est un vrai porc-épic.
ISABELLE
Elle est toujours grondeuse :
Elle m’a depuis peu défendu de vous voir.
LE CHEVALIER
De me voir? Elle a tort. Sans me faire valoir,
Je prétends vous combler d’une gloire parfaite ;
Car ce n’est qu’en mari que mon cœur vous souhaite.
ISABELLE
En mari ! mais , monsieur, vous êtes chevalier :
Ces gens-là ne sauraient , dit-on , se marier.
LE CHEVALIER
Quel abus ! Nous faisons tous les jours alliance Avec tout ce qu’on voit de femmes dans la France.
LISETTE , entendant madame Grognac.
Ah ! madame Grognac !
ISABELLE
Ah! monsieur, sauvez-vous.
Sortez. Non , revenez.
If.O
LE DISTRAIT
LISETTE
Où nous cacherons-nous ?
LE CHEVALIER
Laissez , laissez-moi seul affronter la tempête.
LISETTE
Ne vous y jouez pas. Il nie vient dans la tête Un dessein qui pourra nous tirer d'embarras.
Elle sait votre nom, mais ne vous connaît pas :
Nous attendons un mattre en langue italienne ;
Faites ce maltre-là, pour nous tirer de peine.
ISABELLE
Elle approche , elle vient. O ciel !
LE CHEVALIER
C’est fort bien dit.
En cette occasion j’admire ton esprit.
J’ai, par bonheur, été deux ans en Italie.