ACTE I, SCÈNE II
a ccs cris redoubles , et dont je riais fort ,
J’accours, et je vous vois étendu sur la place ,
Avec une apostrophe au milieu de la face; .
Et votre nez cassé me lit voir par écrit Que vous étiez un corps , et non pas un esprit.
ALBERT
Ah ! malheureuse engeance! apanage du diable!
C’est toi qui m’as joué ce tour abominable :
Tu voulais me tuer avec ce trait maudit?
LISETTE
Non ; c’était seulement pour attraper l’esprit.
ALBERT
Je ne sais maintenant qui retient mon courage ,
Que de vingt coups de poing au milieu du visage...
AGATHE , le retenaut.
Eh ! monsieur, doucement.
ALBERT, à Agathe.
Vous pourriez bien ici ,
Vous , la belle , attraper quelque gourmade aussi. Taisez- vous , s’il vous plaît.
( à part. )
Pour punir son audace,
11 faut que de chez moi sur-le-champ je la chasse.
(à Lisette. )
Qu’on sorte de ce pas.
LISETTE , feignant de pleurer.
Juste ciel ! quel arrêt !
Monsieur...
ALBERT
Non ; dénichons au plus tôt, s’il vous plaît.
LISETTE , riant.
Ah ! par ma foi, monsieur, vous nous la donnez bonne , Lie croire qu’en quittant votre triste personne Le moindre déplaisir puisse saisir mon emur !
Un écolier qui sort d’avec son précepteur;
Une fille longtemps au célibat liée ,
Qui quitte ses parents pour être mariée ;
Un esclave qui sort des mains des mécréants ;
Un vieux forçat qui rompt sa chaîne après trente ans ; Un héritier qui voit un oncle rendre Tàme;
Un époux , quand il suit le convoi de sa femme;
LES FOLIES AMOUREUSES
N’ont jias le demi-quart tant (le plaisir que j’ai En recevant (le vous ce bienheureux congé.
ALBERT
De sortir de chez moi tu peux être ravie ?
LISETTE
C’est le plus grand plaisir que j’aurai de ma vie.
ALBERT
Oui ! Puisqu’il est ainsi , je change de désir,
Et je ne prétends pas te donner ce plaisir :
Tu resteras ici, pour faire pénitence.
(à Agathe.)
Et vous , sans raisonner , rentrez en diligence.
( Agathe rentre en faisaut la révérence ,
Lisette en fait autant; Albert la retient, et continue). Demeure , toi ; je veux te parler sans témoins.