‹ Theatre de Regnard (volume 2)Chapitre 225 sur 434 · ACTE J, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE J, SCENE II

Pour mieux des ennemis rendre vains les efforts,

J’ai voulu môme encor m’assurer des dehors.

Grâce au ciel, tout va bien. Une terreur secrète ,

En dépit de mes soins , cependant m’inquiète.

Je vis hier rôder un certain curieux ,

Qui de loin , ce me semble , examinait ces lieux.

Depuis plus de six mois ma lâche complaisance Met à chaque moment en défaut ma prudence ;

Et , pour laisser Agathe à l’aise respirer,

Je n’ai , par bonté d’âme , encor rien fait murer.

Ce n’est point par douceur qu’on rend sages les filles ; Je veux , du haut en bas , faire attacher des grilles ,

Et que de bons barreaux, larges comme la main, Puissent servir d’obstacle à tout effort humain.

Mais j’entends quelque bruit; et, dans le crépuscule , J’entrevois quelque objet qui marche et qui recule. Approchons. Qui va là? Personne ne répond.

Ce silence affecté iîe me dit rien de bon.

LISETTE, bas.

Je tremble.

ALBERT

C’est Lisette : Agathe est avec elle.

AGATHE

Est-ce donc vous, monsieur, qui faites sentinelle?

ALBERT

Oui, oui, c’est moi , c’est moi. Mais, à l’heure qu’il est, Que venez-vous chercher en ce lieu , s’il vous plaît 5

AGATHE

De dormir ce matin n’ayant aucune envie ,

Lisette et moi , monsieur, nous avons fait partie D’ôtre devant le jour sous ccsarbre3 épais,

Pour voir naître l’aurore et respirer le frais.

LISETTE

Oui.

Respirer le frais et voir l’aurore naître ,

Tout cela se pouvait faire à votre fenêtre.

Ici , pour me trahir, vous ôtes de complot.

LISETTE, à part.

Que ce serait bien fuit !

ALHERT , à Lisent-,

Que dis-tu ?

LES FOLIES AMOUREUSES

LISETTE

Pas le mot.

ALBERT

Des filles sans intrigue, et qui sont retenues,

Sont, à l’heure qu’il est, dans leur lit étendues.

Dorment tranquillement , et ne vont point sitôt Prendre dans une cour ni le froid ni le chaud.

LISETTE , à Albert.

Et comment, s’il vous plaît , voulez-vous qu’on repose? Chez vous, toute la nuit, on n’entend d’autre chose Qu’aller, venir, monter, fermer, descendre , ouvrir, Crier, tousser, cracher, éternuer, courir.

Lorsque, par grand hasard , quelquefois je sommeille, Un bruit affreux de clefs en sursaut me réveille.

Je veux me rendormir , mais point : nn Juif errant ,

Qui fait du mal d’autrui son plaisir le plus grand ;

Un lutin , que l’enfer a vomi sur la terre

Pour faire aux gens dormants une éternelle guerre,

Commence son vacarme, et nous lutine tous.

ALBERT

Et quel est ce lutin et ce juif erraut?

LISETTE

Vous.

Moi ?

ALBERT

LISETTE

Oui, vous. Je croyais que ces brusques manières Venaient de quelque esprit qui voulait des prières ; Et, pour mieux m’éclaircir, dans ce fâcheux état.

Si c’était âme ou corps qui faisait ce sabbat ,

Je mis, un certain soir, à travers la montée ,

Une corde aux deux bouts fortement arrêtée :

Cela fit tout l’effet que j’avais espéré.

Sitôt que pour dormir chacun fut retiré ,

En personne d’esprit, sans bruit et sans chandelle J’allai dans certain coin me mettre en sentinelle :

Je n’y fus pas longtemps, qu’aussitôt patatras !

Avec un fort grand bruit, voilà l’esprit à bas :

Scs deux jambes à faux dans la corde arrêtées Lui font, avec le nez, mesurer les montées.

Soudain j’entends crier : A l’aide ! je suis mort !

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