ACTE II, SCENE V. 2S
Ma foi , vous aurez beau , messieurs leurs partisans , Débonnaires maris , doucereux courtisans ,
Abbés blonds et musqués qui cherchez par la ville Des femmes dont l’époux soit d’un accès facile,
Publier que je suis un brutal , un jaloux ;
Dans le fond de mon cœur je me rirai de vous.
ÉRASTE
Quand vous seriez jaloux , devez-vous vous défendre Pour avoir plus qu'un autre un cœur sensible et tendre?
Sans être un peu jaloux , on ne peut être amant.
Bien des gens cependant raisonnent autrement.
Un jaloux , disent-ils , qui sans cesse querelle,
Est plutôt le tyran que l’amant d’une belle :
Sans relâche agité de fureur et d’ennui ,
11 ne met son plaisir que dans le mal d’autrui.
Insupportable à tous , odieux à lui-même,
Chacun à le tromper met son plaisir extrême ,
Et voudrait qu’on permit d’étouffer un jaloux ,
Comme un monstre échappé de l’enfer en courroux.
C’est dans le monde ainsi qu’on parle d’ordinaire :
Mais , pour moi , je soutiens un parti tout contraire ,
.Et dis qu’un galant homme , et qui fait tant d’aimer,
Par de jaloux transports peut se voir animer.
Céder à ce penchant, et qu’il faut, dans la vie.
Assaisonner l’amour d’un peu de jalousie.
ALBEnT.
Certes, vous me charmez, monsieur, par votre esprit ;
Je voudrais , pour beaucoup , que cela fût écrit,
Pour le montrer aux sots qui blâment ma manière.
crispin. *
Entrons chez vous, monsieur : là, pour vous satisfaire,
Je vous l’écrirai tout, sans qu’il vous coûte rien.
ALBERT, l'arrêtant.
Je vous suis obligé ; je m’en souviendrai bien.
Vous n’avez pas , je crois, autre chose à me dire .
Voilà votre chemin. Adieu. Je me retire.
Que le ciel vous maintienne en ces bons sentiments ;
Et ne demeurez pas en ce lieu plus longtemps.
LES FOLIES AMOUREUSES
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