‹ Theatre de Regnard (volume 2)Chapitre 245 sur 434 · AGATHE , ALBERT , ÈR ASIE , LISETTE , CRISPIN · texte numérisé non relu

AGATHE , ALBERT , ÈR ASIE , LISETTE , CRISPIN

LISETTE

Hélas! à tout moment Elle change de forme et de déguisement.

AGATHE , en habit de Scaramouchc , avec une guitare, faisant le musicieu , chaule :

Toute la nuit entière,

Un vieux vilain matou Me guette sur la gouttière.

Ah ! qu'il est fou !

Ne se peut-il point faire Qu’il s’y rompe le cou?

fil A. STE, bas à Crispin.

Malgré son mal , Crispin, l’aimable et doux visage!

• L’est ainsi que portent l'èilillon originale, celle de ma et celle de I7SO. Dans les autres éditions, on lit culotte nu lieu de calotte-

LES FOLIES AMOUREUSt-a.

CR1SPIN, bas.

Je l’aimerais encor mieux qu’une autre plus sage.

AGATHE chante.

Ne se peut-U point faire Qu'il s’y rompe le cou ?

Vous fîtes du métier, musiciens, s’entend ;

Fort vains, fort altérés, fort peu d’argent comptant :

Je suis , ainsi que vous , membre de la musique ,

Enfant de g ri sol; et de plus, je m’en pique;

D’un bout du monde à l’autre on vante mon talent.

Sur un certain duo, que je trouve excellent,

Parce qu’il est de moi , je veux , sans complaisance.

Que chacun de vous deux m’en dise ce qu’il pense.

ALBERT

Ah ! ma chère Lisette , elle a perdu l’esprit.

LISETTE

Qui le sait mieux que moi ? Ne vous l’ai-je pas dit?

(Agathe chanle un petit prélude.)

CRI8PIN

Ce qui m’en plaît, monsieur, sa folie est gaillarde.

ALBERT

Elle a les yeux troublés , et la mine hagarde.

AGATHE

J’aime les gens de l’art.

(Elle présente une main à Albert qu’elle secoue rudement, et laisse baiser l’autre à Éraste).

Touchez là , touchez là.

L’air que vous entendez est fait en a mi la ;

C’est mon ton favori : la musique en est vive ,

Bizarre, pétulante, et fort récréative;

Les mouvements légers , nouveaux , vifs, et pressés.

L’on m’envoya chercher, un de ces jours passés ,

Pour détremper un peu l’humeur mélancolique D’un homme dès longtemps au lit paralytique :

Dès que j’eus mis en chant un certain rigodon ,

Trois sages médecins venus dans la maison ,

La garde , le malade , un vieil apothicaire Qui venait d’exercer son grave ministère ,

Sans respect du métier, se prenant par la main ,

Se mirent à danser jusques au lendemain.

Page 1