ACTE 11, SCÈNE VII
CRISFIN , à Érasta.
Voir une Faculté faire eu rond une danse ,
Et sortir dans la rue ainsi tout en cadence ,
Cela doit être beau, monsieur !
ERASTE, bas a Crispin.
Quoi ! malheureux ,
Tu peux rire , et la voir en cet état affreux !
AGATHE
Attendez... doucement... mon démon de musique M’agite, me saisit... je tiens du chromatique.
Les cheveux à la tête en dresseront d’horreur...
Ne troublez pas le dieu qui me met en fureur.
Je sens qu’en tons heureux ma verve se dégorge.
(Elle tousse beaucoup, et crache au nez d’Albert.)
Pouah ! c’est un diésis que j’avais dans la gorge.
Or donc , dans le duo dont il est question ,
Vous y verrez du vif et de la passion :
Je réussis des mieux et dans l’un et dans l'autre.
(Elle donne un papier de musique à Albert, et une lettre a f. ras te.)
Voilà votre partie; et vous, voilà la vôtre.
(Elle tousse pour se préparer à chanter.)
CRISFIN.
Ecartons-nous un peu ; je crains les diésis.
LISETTE, à part.
Nous entendrons bientôt de beaux charivaris.
ALRERT.
Agalhe, mou enfant, ton erreur est extrême.
Je suis seigneur Albert, qui te chéris , qui t’aime.
AGATHE
Parbleu , vous chanterez.
ALBERT
Eh bien ! je chanterai ;
Et , si c’cst ton désir encor , je danserai.
ÉRASTE, ouvrant son papier à part.
Une lettre , Crispin.
CRISFIN, bas à Kraste.
Ah! ciel ! quelle aventure!
Le maître de musique entend la tablature.
• Dans plusieurs éditions modernes , on lit tours au lieu de tons.
LES FOLIES AMOUREUSES.'
Çà, comptez bien vos temps, pour partir : cette fois,
C’est vous qui commencez. Allons, vite : un, deux , trois. (Elle donne un coup du papier dont elle bat la mesure sur la tête d'Albert, et frappe du pied sur le sien avec colère. )
Partez donc, partez donc, musicien barbare,
Ignorant par nature , ainsi que par bécarre.
Quelle rauque grenouille , au milieu de ses joncs ,
T’a donné de ton art les premières leçons ?
Sais-tu , dans un concert , ou croasser, ou braire?
ALBERT
Je vous ai déjà dit , sans vouloir vous déplaire ,
Que je n’ai point l’honneur d'être musicieu.
ACATHE.
Pourquoi donc, ignorant, viens-tu, ne sachant rien. Interrompre un concert où ta seule présence Cause des contre-temps et de la discordance ?
Vit-on jamais un àne essayer des bémols ,
Et se mêler au citant des tendres rossignols P Jamais un noir corbeau , de malheureux présage , Troubla-t-il des serins l’agréable ramage?
Et jamais , dans les bois , un sinistre hibou ,
Pour chanter un concert , sortit-il de son trou P Tu n’es et ne seras qu’un sot toute ta vie.
CRISMN, à Agathe.
Mou maitre, comme il faut , chantera sa partie :
J’cn suis sa caution.
AGATHE
Il faut que, dès ce soir,
Dans une sérénade il montre sou savoir;
Qu’il lasse une musique et prompte, et vive, et tendre.
Qui m’enlève.
LISETTE, à Crispiii.
Entends-tu P
cr.ispiN.
Je commence à comprendre.
C’est... comme qui dirait une fugue.
AGATHE
D’accord.
cRism. '
Une fugue , en musique , est un morceau bien fort.