ACTE 1ÏI, SCÈNE VIII
CRISPIN
Je le vois aussi net qu’à travers un cristal.
ALBERT
Tant mieux. Vous saurez que, depuis tantôt, la belle Sent toujours de son mal quelque crise nouvelle :
En ces lieux écartés n’ayant nuis médecins,
Monsieur m’a conseillé de la mettre en vos mains.
CRISPIN
Sans doute elle serait beaucoup mieux dans les siennes Mais j’espère employer utilement mes peines.
ALBERT
Vous avez donc guéri de ces maux quelquefois?
CRISPIN
Moi? si j’en ai guéri? Ah! vraiment , je le crois.
Il entre dans mon art quelque peu de magie.
Avec trois mots, qu’un Juif m’apprit en Arabie,
Je guéris une fois l’infante de Congo,
Qui vraiment avait bien un autre vertigo.
Je laisse aux médecins exercer leur science Sur les maux dont le corps ressent la violence :
Mais l’objet de mon art est plus noble ; il guérit Tous les maux que l’on voit s’attaquer à l’esprit.
Je voudrais qu’à la fois vous fussiez maniaque , Atrabilaire , fou , même hypocondriaque ,
Pour avoir le plaisir de vous rendre, demain,
Sage comme je suis , et de corps aussi sain.
ALBERT
Je vous suis obligé, monsieur, d’un si grand zèle.
CRISPIN
Sans perdre plus de temps, entrons chez cette belle.
ALBERT, l 'arrêtant.
Jlon , s’il vous plait, monsieur, il n’en est pas besoin ;
Et de vous l’amener je vais prendre le soin.