‹ Theatre de Regnard (volume 2)Chapitre 271 sur 434 · PLAUTE, APOLLON, MERCURE · texte numérisé non relu

PLAUTE, APOLLON, MERCURE

APOLLON, à Piaule.

Pendant que tu vivais , je t’ai comblé de gloire. Autant que de son temps auteur le fut jamais ;

J’ai fait graver ton nom au temple de Mémoire ,

Et t’ai prodigué mes bienfaits.

PLAUTE

Il est vrai. Mais enfin , quelque amour qui vous guide Les dons qu’aux beaux esprits prodigue votre main N’ont rien de réel , de solide,

Et n’ôtenl pas toujours les soins du lendemain.

Qui ne mâche chez vous qu’un laurier insipide Court risque de mâcher à vide ,

Et souvent de mourir de faim ;

Et si j’avab à reprendre naissance ,

J'aimerais mieux être portier D’un traitant ou d’un sous-fermier,

Que mignon de votre excellence.

MERCURE

C’est faire peu de cas, et mettre à trop bas prix Les faveurs qn’Apollon dispense aux beaux esprits ; Et mon avis n’est pas le vôtre.

PLAUTE

J’en pourrais mieux parler qu’un autre.

Croiriez- vous que , sur mon déclin,

Laissant le dieu des vers, que j’étais las de suivre, Ne pouvant me donner de pain ,

Je me suis vu réduit , pour vivre ,

A tourner la meule au moulin ?

MERCURE

Vous !

PLAUTE

Moi.

SIERCURE.

Cet illustre poète,

Finir ses jours au moulin !

PLAUTE

Oui

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