‹ Theatre de Regnard (volume 2)Chapitre 277 sur 434 · I.E CHEVALIER · texte numérisé non relu

I.E CHEVALIER

Que dis-tu donc , maraud ?

VALENTIN

Monsieur , un long usage

De parler librement me donne l’avantage.

En pareil cas que moi vous vous êtes trouvé ;

Assez souvent , d’un vin bien pris et mal cuvé ,

Je vous ai vu le chef plus lourd qu’à l’ordinaire :

J’ai même quelquefois prêté mon ministère Pour vous donner la main et vous conduire au lit.

De ces petits excès je ne vous ai rien dit :

Nous devons nous prêter aux faiblesses des autres ,

Leur passer leurs défauts , comme ils passenyes nôtres.

Je te pardonnerais d’aimer un peu le vin ,

Si je te connaissais à ce seul vice enclin :

Mais ton maudit penchant à mille autres te porte ;

Tu ressens pour le jeu la pente la plus forte...

VALENTIN

Ah ! si je joue un peu , c’est pour passer le temps.

Quand vous percez 1 les nuits dans certains noirs brelans , Je vous entends jurer au travers de la porte :

Je jure, comme vous , quand le jeu me transporte;

Et, ce qui peut tous deux nous différencier ,

Vous jurez dans la chambre, et moi sur l’escalier.

Je vous imite en tout. Vous, d’une ardeur extrême, Buvez, jouez, aimez; je bois, je joue , et j’aime :

Et si je suis coquet , c’est vous qui le premier , Consommé dans cet art , m’apprîtes le métier.

Vous allez chaque jour , d’une ardeur vagabonde,

Faisant rade partout de la brune à la blonde.

Isabelle à présent vous retient sous sa loi ;

Vous l’aimez, dites-vous : je ne sais pas pourquoi...

LE CHEVALIER

Tu ne sais pas pourquoi ! Se peut il qu’à ses charmes ,

A ses yeux tout divins on ne rende les armes?

Je la vis chez sa tante, où j’en fus enchanté;

i Cette leçon est conforme à l’édition originale. Dans la plupart de» autres éditions, on lit passe z au lieu de percez. Vot. la note , acte 1", scène vi du Distrait.

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