ACTE i, SCÈNE II
Le Irait qui me perça , mon oœur l’a rapporte.
VALENTIN
Autrefois cependant pour sa tante Araminle,
Toute folle qu’elle est , vous aviez l’Ame atteinte. J’approuvais fort ce choix : outre que ses ducats Nous ont plus d’une fois tiré de mauvais pas ,
J’y trouvais mon profit : vous cajoliez la tante ,
Et moi je pourchassais Finette la suivante.
Ainsi vous voyézbien...
LF. CHEVALIER. /
Oui; je vois, en un mot,
Que tu fais le docteur, et que tu n’es qu’un sot.
Pour t’empêcher de dire encor quelque sottise ,
Finissons , et chez moi va porter ma valise.
VALENTIN , redressant la valise , pour la mettre sur son épaule.
J’obéis : cependant, si je voulais parler ,
Sur un si beau sujet je pourrais m’étaler.
LF CHEVALIER.
Eh ! tais-toi.
VALENTIN
Quand je veux, je parle mieux qu’un autre.
LE CHEVALIER
Quelle est cetté valise P
VALENTIN
Eh 1 parbleu , c’est la vôtre.
LE CHEVALIER
De la mienne elle n’a ni l’air ni la façon.
VALENTIN
J’ai longtemps, comme vous, été dans le soupçon :
Mais de votre cachet la figure et l’empreinte ,
Et l’adresse bien mise, ont dissipé ma crainte.
Lisez plutôt ces mots distinctement écrits :
C’est « A monsieur Ménechme , à présent à Paris »
LE CHEVALIER
Il est vrai ; mais enfin , quoi que tu puisses dire ,
Je ne reconnais point cette façon d’écrire ;
Enfin, ce n’est point là ma valise.
VALENTIN
D’accord.
Cependant à la vôtre elle ressemble fort.
LES MÉNECHMES
LK CHEVALIER
Tu m’auras Tait ici quelque coup de ta tête.
VALENTIN
Mais vous me prenez donc, monsieur , pour une bête?
En revenant de Flandre , où par trop brusquement Vous avez pris congé de votre régiment1,
Et passant à Péroune , où fut le dernier gîte ,
Nous y primes la poste ; et , pour aller plus vite ,
Vous me fites porter au cocbe , qui partait ,
Votre malle assez lourde , et qui nous arrêtait :
J’obéis à votre ordre avec zèle et vitesse ;
Je fis , par le eommis , mettre dessus l’adresse :
Ainsi je n’ai rien fait que bien dans tout ceci.
LE CHEVALIER
C’est d e quoi , dans l’instant , je veux être éclairci.
Ouvre vite , et voyons quel est tout ce mystère.
VALENTIN , tirant un paquet de clefs.
Dans un moment , monsieur , je vais vous satisfaire.
Ouais , la clef n’entre point.
LE CHEVALIER
Romps chaîne et cadenas.
VALENTIN
Puisque vous le voulez, je n’y résiste pas.
Or sus , instrumentons.
LE CHEVALIER
Qu’as-tu? Tu me regardes!
VALENTIN
Je ne vois là-dedans pas une de vos hardes.
LE CHEVALIER
Comment donc , malheureux ?
VALENTIN
Monsieur , point de courroux.
Au troc que nous faisons, peut-être gagnons-nous ;
Et je ne crois pas, moi , que dans votre valise Nous eussions pour vingt francs de bonne marchandise.
LE CHEVALIER
Et ces lettres, maraud, qui faisaient mon bonheur ,
Où l'aimable Isabelle exprimait son ardeur ,
Qui me les rendra ? dis.
VALENTIN , tirant un paquet de lettres de la mise.
Tenez , en voilà d’autres