‹ Theatre de Regnard (volume 2)Chapitre 284 sur 434 · DÉMOPHON , ARAMINTE, FINETTE · texte numérisé non relu

DÉMOPHON , ARAMINTE, FINETTE

C’est Démoplion.

FINETTE

Mais quelqu’un vient ici.

DÉMOPHON

Bonjour, ma sœur.

ARAMINTE

Bonjour, mon frère.

DÉMOPHON

Bonjour. J’allais chez vous pour vous parler d’affaire. ARAMINTE.

Ici , comme cliez moi , vous pouvez m’ennuyer.

* . DÉMOPHON

Votre nièce Isabelle est d’àge à marier ;

Et monsieur Roberlin , dont je connais le zèle,

A su me ménager un bon parti pour elle ;

Un jeune homme doué d’esprit et de vertus ,

Possédant, qui plus est, soixante mille écus D’un oncle qui l’a fait unique légataire.

Dont ledit Robertin est le dépositaire :

Et j’apprends, par les mots du billet que voici.

Que cet homme en ce jour doit arriver ici.

ARAMINTE

J’en suis vraiment fort aise.

DÉMOPHON

Or donc, ce mariage

300 LES MÉNECHMES

Étant pour la famille un fort grand avantage.

Et vous voyant déjà, ma sœur, sur le retour,

M'ayant, comme je crois, nul penchant pour l’amour,

Je me suis bien promis qu’en faveur de l’affaire Vous feriez de vos biens donation entière ,

Vous gardant l’usufruit jusques à votre mort.

AIUM1NTE.

Jusqu’à ma mort! Vraiment, ce projet me platt fort! Vous vous êtes promis , il faut vous dépromettre.

L’âge , comme je crois , peut encor me permettre D’aspirer à l’hymen, et d’avoir des enfants.

DÉMOPHON

Vous moquez-vous , ma sœur? Vous avez cinquante ans.

ARAMINTE

Moi, j’ai cinquante ans! moi ! Finette?

FINETTE

Quels reproches !

Hélas ! on n’est jamais trahi que par ses proches.

A cause que madame a vécu quelque temps,

On ne la croit plus jeune ! Il est de sottes gens !

DÉMOPHON

Ma sœur, dans mon calcul je crois vous faire grâce;

Et je raisonne ainsi : J’en ai cinquante, et passe;

Vous êtes mon aînée ; ergo , dans un seul mot ,

Vous voyez si j’ai tort.

ARAMINTE

Votre ergo n’est qu’un sot ;

Et je sais fort bien , moi , que cela ne peut être.

Ma jeunesse à mon teint se fait assez connaître.

Ce que je puis vous dire en termes clairs et nets ,

C’est qu’il faut de mon bien vous passer pour jamais; Que je me porte mieux que tous tant que vous êtes ; Que, malgré les complots qu’en votre âme vous faites, Je prétends enterrer, avec l’aide de Dieu ,

Les enfants que j’aurai, vous, et ma nièce. Adieu.

C’est moi qui vous le dis ; m’entendez-vous , mon frère ? Allons, Finette , allons.

(F.lle sort.)

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