‹ Theatre de Regnard (volume 2)Chapitre 298 sur 434 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

LE CHEVALIER, vêtu en deuil ; VALENTIN

Rien n’est plus surprenant ; et votre ressemblance Avec votre jumeau passe la vraisemblance.

Vous et lui , ce n’est qu’un : étant vêtu de deuil ,

Il n’est homme à présent dont vous ne trompiez l’œil. On ne peut distinguer qui des deux est mon maître;

Et moi, votre valet , j’ai peine à vous connaître.

Pour ne m’y pas tromper, souffrez que, de ma main. Je vous attache ici quelque signe certain.

Donnez-moi ce chapeau.

LE CHEVALIER

Qu’en prétends-tu donc faire?

. Valentin , mettant une marque au chapeau. Vous marquer de ma marque, ainsi que votre père. Pour vous mieux distinguer, faisait fort prudemment. le chevalier. ,

Tu veux rire, je orois?

VALENTIN

Je ne ris nullement :

Et je pourrais fort bien , le premier, m’y méprendre.

LE chevalier.

Le notaire à ces traits s’est déjà laissé prendre :

11 m’a reçu d’abord d’un accueil obligeant;

Et dans une heure il doit me compter mon argent.

VALENTIN

Quoi ! monsieur , il vous doit compter toute la somme, Soixante mille écus?

Tout autant.

VALENTIN

L’honnête homme !

D’autres à ce jumeau se sont déjà mépris :

Pour vous, en ce lieu même, Araminte l’a pris,

LES MÉNECHMES

Et chezelle à dîner a voulu l’introduire.

Lui, surpris, interdit , et ne sachant que dire , Croyant qu’elle tendait un piège à sa vertu ,

L’a brusquement traitée; il s’est presque battu ;

Et, si je n’avais pas apaisé la querelle ,

11 serait arrivé mort d’homme ou de femelle.

LE CHEVALIER

Mais ii’a-t-il point sur moi quelques soupçons naissants

VALENTIN

Quel soupçon voulez- vous qu’il ait ? Depuis vingt ans Il vous croit trop bien mort ; et jamais , quoi qu’on ose 11 ne peut du vrai fait ima'giner la cause.

LE CHEVALIER

L’aventure est plaisante, et j’en ris à mon tour.

Mais voyons le beau-père, et servons notre amour. Heurte vite.

(Valentin va frapper à la porte de Démophon, qui sort.)

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