SCÈNE PREMIÈRE
LE CHEVALIER, vêtu en deuil ; VALENTIN
Rien n’est plus surprenant ; et votre ressemblance Avec votre jumeau passe la vraisemblance.
Vous et lui , ce n’est qu’un : étant vêtu de deuil ,
Il n’est homme à présent dont vous ne trompiez l’œil. On ne peut distinguer qui des deux est mon maître;
Et moi, votre valet , j’ai peine à vous connaître.
Pour ne m’y pas tromper, souffrez que, de ma main. Je vous attache ici quelque signe certain.
Donnez-moi ce chapeau.
LE CHEVALIER
Qu’en prétends-tu donc faire?
. Valentin , mettant une marque au chapeau. Vous marquer de ma marque, ainsi que votre père. Pour vous mieux distinguer, faisait fort prudemment. le chevalier. ,
Tu veux rire, je orois?
VALENTIN
Je ne ris nullement :
Et je pourrais fort bien , le premier, m’y méprendre.
LE chevalier.
Le notaire à ces traits s’est déjà laissé prendre :
11 m’a reçu d’abord d’un accueil obligeant;
Et dans une heure il doit me compter mon argent.
VALENTIN
Quoi ! monsieur , il vous doit compter toute la somme, Soixante mille écus?
Tout autant.
VALENTIN
L’honnête homme !
D’autres à ce jumeau se sont déjà mépris :
Pour vous, en ce lieu même, Araminte l’a pris,
LES MÉNECHMES
Et chezelle à dîner a voulu l’introduire.
Lui, surpris, interdit , et ne sachant que dire , Croyant qu’elle tendait un piège à sa vertu ,
L’a brusquement traitée; il s’est presque battu ;
Et, si je n’avais pas apaisé la querelle ,
11 serait arrivé mort d’homme ou de femelle.
LE CHEVALIER
Mais ii’a-t-il point sur moi quelques soupçons naissants
VALENTIN
Quel soupçon voulez- vous qu’il ait ? Depuis vingt ans Il vous croit trop bien mort ; et jamais , quoi qu’on ose 11 ne peut du vrai fait ima'giner la cause.
LE CHEVALIER
L’aventure est plaisante, et j’en ris à mon tour.
Mais voyons le beau-père, et servons notre amour. Heurte vite.
(Valentin va frapper à la porte de Démophon, qui sort.)