‹ Theatre de Regnard (volume 2)Chapitre 305 sur 434 · ACTE III, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VIII

Il faut , ma fille et moi, vous demander pardon.

Vous savez bien qu’il est , en femmes comme en fdles , Des esprits de travers dans toutes les familles.

MÉN ECUME.

Oui, monsieur.

DÉHOPHON.

Vous voilà promptement de retour.

J’en suis ravi.

NÉNECHME.

Je viens vous donner le bonjour,

Et par même moyen , amant tendre et fidèle, Épouser une fille appelée Isabelle ,

Dont vous êtes le père , à ce que chacun dit.

En peu de mots , voilà tout ce qui me conduit

DÉMOPHON

Je vous l’ai déjà dit, et je vous le répète,

Combien de ce parti mon âme est satisfaite :

Ma fille en est contente ; elle vous a fait voir Qu’elle suit maintenant l’amour et le devoir.

Elle a senti d’abord un peu de répugnance ;

Mais, vous voyant, son cœur n’a plus fait de défense.

MÉNECHME

Nous nous sommes donc vus quelquefois ?

DÉHOPHON.

A l’instant

Vous sortez d’avec elle, et paraissez content.

MÉNECHME

Moi ! je sors d’avec elle?

DÉHOPHON .

Oui , sans doute , vous-métne :

Nous avions, de vous voir , une allégresse extrême , Quand ma sœur est venue, avec ses sots discours,

De notre conférence interrompre le cours.

Se peut-il que sitôt vous perdiez la mémoire?

MÉNECHME

Nous rêvons, vous ou moi. Quoi 1 vous me ferez croire Que j’ai vu votre fille ? En quel temps ? comment? où ?

DÉHOPHON.'

Tout à l’heure, en ces lieux.

MÉNECHME

Allez , vous êtes fou :

LES MÉNECHMES

C’est me Taire passer pour un visionnaire;

Et ce début , tout franc , ne me satisfait guère.

Quoi qu’il en soit enfin , à présent je la vois ;

Que ce soit la première ou la seconde fois ,

Il importe fort peu pour notre mariage.

DF.MOPHON , bas.

Cet homme , dans l’abord , me paraissait plus sage.

MÉN ECIIME.

Madame, on m’a vanté, par écrit, vos appas :

.l’en suis assez content; mais j’en fais peu de cas, Quand l’esprit ne va pas de pair avec les charmes. C’est à vous là-dessus à guérir mes alarmes :

J’en dirai mon avis quand vous aurez parlé.

ISABELLE , à part.

Je ne le connais plus , son esprit s’est troublé.

’.MÉNECFIHE.

J'aime les gens d’esprit plus que personne en France : J’en ai du plus brillant, et le tout sans science.

Je trouve que l’étude est le parfait moyen De gâter la jeunesse , et n’est utile à rien ;

Aussi je n’ai jamais mis le nez dans un livre :

Et quand un gentilhomme, en commençant à vivre, Sait tirer en volant, boire, et signer son nom ,

Il est aussi savant que défunt Cicéron.

DÉMOPHON

Prendrez- vous une charge à la cour, à l’armée ?

MÉNECHME

Mon âme dans ce choix est indéterminée.

La eour aurait pour moi d’assez puissants appas ,

Si la sujétion ne me fatiguait pas.

La guerre me ferait d’ailleurs assez d’envie,

Si des gens bien versés en l’art d’astrologie Ne m’avaient assuré que je vivrai cent ans :

Or, comme les guerriers vont peu jusqu’à ce temps , Quoique mon nom fameux pût voler dans l’Europe ,

Je veux , si je le puis , remplir mon horoscope.

Oh ! j’aime à vivre, moi.

'VALENTIN

Vous êtes de bon sens.

ISABELLE , bas.

Quel discours ! quel travers ! Est-ce lui que j’entends ?

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