‹ Theatre de Regnard (volume 2)Chapitre 312 sur 434 · FINETTE, VALENTIN · texte numérisé non relu

FINETTE, VALENTIN

VALENTIN

Mais j’aperçois Finette; et mon coeur amoureux Se sent, en la voyant, brûler de nouveaux feux,

FINETTE

Je cherche ici ton maître.

VALENTIN

En attendant qu’il vienne, Souffre que mon amour un moment t’entretienne, Et que j’offre mon cœur à tes charmants attraits.

FINETTE

Porte ailleurs tes présents; ne me parle jamais.

Ton maître m’a traitée avec tant d’insolence,

Qu’il faut sur le valet que j’en prenne vengeance.

JM 'appeler créature!

VALENTIN

Ab! cela ne vaut rien,

Il est dur quelquefois et brutal comme un chien.

FINETTE

J’ai de scs vilains mois l’oreille encor blessée;

LES MENECIIMES.

Et ma maîtresse en est Si fort scandalisée,

Que, rompant avec lui désormais tout à fait.

Je viens lui demander et lettres et portrait.

VALENTIN

Pour les lettres , d’accord ; c’est un dépôt stérile ,

Dont la garde , à mon sens , est assez inutile :

Mais pour le portrait d’or, attendu le métal.

Le cas, à mon avis, ne parait pas égal.

Quand le besoin d’argent nous presse et nous harcelle.

Tu sais, ma pauvre enfant, qu’on troque la vaisselle. FINETTE.

Pourrait-on d’un portrait faire si peu de cas ?

VALENTIN

Nous nous sommes trouvés dans de grands embarras.

Mais, depuis quelque temps, un oncle, un honnête homme (A peine pouvons-nous dire comme il se nomme) ,

A bien voulu descendre aux ténébreux manoirs ,

Pour nous mettre à notre aise , et nous faire ses lioirs : Soixante mille écus d'argent sec et liquide Ont mis notre fortune en un vol bien rapide.

Ah ciel ! que me dis-tu ?

VALENTIN

Je dis la vérité.

FINETTE

Quoi ! dans si peu de temps vous auriez hérité !

VALENTIN

Bon ! nous avons appris le mal de ce bonhomme ,

La mort , le testament, et reçu notre somme,

Dans le temps que lu mets à me le demander.

Mon maître est diablement habile à succéder.

FINETTE

Oh ! je u’en doute point.

VALENTIN

Sois-en juge toi-méme.

Tu vois bien qu’il ferait une sottise extrême ,

S’il se piquait encor d’avoir des feux constants :

Il faut bien, dans la vie, aller selon le temps.

FINETTE

Nous nous passerons bien d’amants tels que vous êtes.

VALENTIN

A son exemple aussi, je quitte les soubrettes :

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