ACTE V, SCÈNE VI. 3i
ARAMINTE, au chevalier.
Et de quel droit , monsieur, me faites-vous la loi ?
Je vous trouve plaisant de disposer de moi!
LE CHEVALIER, à Ménechme et à Aramintc.
Suive® tous deux l'avis d’un homme qui vous aime.
Vous vouliez m’épouser, c’est un autre moi-même.
Et, pour vous faire voir quelle est mon amitié ,
De la succession recevez la moitié :
Que trente mille écus facilitent l’affaire.
MÉNECHME , embrassant le cheva lier.
A ce dernier trait-là je reconnais mon frère.
(à Araminte. )
Çà , ma reine, épousons, malgré notre discord.
Nous nous sommes tous deux chanté pouilles à tort ,
Moi vous nommant friponne, et vous m’appelant traître. Nous n’avions pas , pour lors , l’honneur de nous connaître. Bien d’autres, avant nous, en formant ce lien ,
S’en sont dit tout autant, et se connaissaient bien.
FINETTE
Moi , quand ce ne serait que pour la ressemblance ,
Je voudrais l’épouser, sans tant de résistance.
ARAMINTE
Si je pouvais un jour me résoudre à ce choix ,
Je le ferais exprès, pour vous punir tous trois.
Vous n’avez , je le vois , que mon bien seul en vue Mais, en me mariant, votre attente est déçue.
Oui , je l’épouserai , pour me venger de vous ,
Lui donner tout mon bien , et vous désoler tous.
MÉNECHME
Ce sera très-bien fait.
DÉMOPHON , au chevalier.
Vous , acceptez ma fille ,
Puisqu’un coup du hasard vous met dans ma famille :
Je voulais un Ménechme : en lui donnant la main ,
Vous ne changerez rien à mon premier dessein.
LE CHEVALIER
Dans l’excès du bonheur que le destin m’envoie,
Mon coeur ne peut suffire à contenir sa joie.
VALENTIN
Chacun , Finette , ici songe à se marier;
Marions-nous aussi , pour nous désennuyer.
LES MENECHMES.
FINETTE
A ne l’en point mentir, j’en aurais grande envie :
Mais je crains...
VALENTIN
Que crains-lu?
De faire une folie. *
VALENTIN
J’en fais une cent fois bien plus grande <jue toi;
Kt je ne laisse pas de te donner ma foi.
(Aux auditeurs)
Messieurs, j’ai-réussi dans l’hymen qui s’apprête; l)C myrte et de laurier je vais ceindre ma tête :
Mais si je méritais vos applaudissements ,
Ce jour mettrait le comble à mes contentements
FIN 1>ES îléNKCIlMES.
LE LÉGATAIRE UNIVERSEL
COMÉDIE EN CINQ ACTES, ET EN VERS
REPRÉSENTÉE, rOCR CA PREMIERE FOIS, ER't.UNIH g JANVIER 1708.
PERSONNAGES
GKRONTE, oncle d’Éraste.