‹ Theatre de Regnard (volume 2)Chapitre 330 sur 434 · ACTE Y, SCENE Vf · texte numérisé non relu

ACTE Y, SCENE Vf

3,ïà

MÉiNECIIME.

En accouchant de moi l’on vit mourir ma mère.

LE CHEVALIER

La mienne est morte aussi de la même manière.

NÉNECIIME.

Je suis de Picardie.

LE CHEVALIER

Et moi pareillement.

MÉNECUME.

J’avais un certain frère , tin mauvais garnement,

Et dont , depuis quinze ans , je n’ai nouvelle aucune.

LE CHEVALIER

Du mien , depuis ce temps , j’ignore la -fortune.

MÉNECUME.

Ce frère , étant jumeau , dans tout me resscmbloit.

LE CHEVALIER

Le mien est mon image; et qui me voit, le voit.

MÉNECUME.

Mais vous qui me parlez , n’ètcs-vous point ce frère ?

C’est vous qui l’avez dit : voilà tout le mystère.

MÉNECUME.

Est-il possible? ô ciell

LE CHEVALIER

Que cet embrassement Vous témoigne ma joie et mon ravissement.

Mon frère, est-ce bien vous? quelle heureuse rencontre J Se peut-il qu’à mes yeux la fortune vous montre?

MÉNECUME.

Mon frère, en vérité... Je m’en réjouis fort :

Mais j’avais cependant compté sur votre mort.

FINETTE, à Araminte.

En tout ceci , madame , il n’y va rien du nôtre ;

Quoi qu’il puisse arriver, nous aurons l’un ou l’autre. DÉMOPIION.

L’incident que je vois , certes , n’est pas commun.

( à Isabelle. )

Il te faut un époux ; en voilà deux pour un :

Choisis le bon pour toi, ma fille, et te contente.

1SAREI.LE, reconnaissant la marque du chapeau du chevalier.

Puisque vous m’accordez le choix qui se présente,

356 LES MÉNECIIMF.S.

Portée également de l’une et l’autre part,

(clic donne la maiu au chevalier.)

Je prends monsieur : il faut en courir le hasard.

ARAMINTE, prenant Méncchroc par le bras.

Et moi, je prends monsieur.

MÉNECHME, à Aramintc,

Il semble, à vous entendre, Que vous n’ayez ici qu’à vous baisser et prendre.

VALENTIN , prenant Finette par le bras.

Puisque chacun ici prend ce qui lui convient,

Par droit d’aubaine aussi , Finette m’appartient

ROBERTIN, 'prenant les deux frères par le bras.

Moi , je vous prends tous deux. Je veux que l’on m'instruise En quelles mains enfin cette somme est remise.

L’un de vous a touché soixante mille écus.

LE chevalier, à Robertin.

N’en soyez point en peine , et je les ai reçus.

C’est moi qui , pour la mienne , ayant pris sa valise ,

Ai su me prévaloir d’une heureuse méprise.

C’est lui qui , pour un legs , vient d’arriver ici :

C’est moi qu’on a cru mort , et qui m’en suis saisi :

C’est moi qui , dans l’ardeur d’une feinte tendresse,

(montrant Aramintc.)

A madame autretois ai fait une promesse ;

Et c’est moi qui, depuis , brûlant des plus beaux feux ,

A l’aimable Isabelle ai porté tous mes vœux.

HÉNECIIME.

Vous m’avez donc trahi , vous, monsieur le notaire ?

ROBERTIN

Je n’ai rien fait de mal dans toute celte affaire ,

El j’ai du testateur suivi l’intention.

11 laisse à son neveu cette succession :

Monsieur l’est comme vous; vous n’avez rien à dire.

LE CHEVALIER

Aux arrêts du destin , mon frère , il faut souscrire.

Mais vous aurez bientôt tout lieu d’ôtre content,

Pourvu que, sans éclat, vous vouliez à l’instant,

En épousant madame , acquitter ma parole.

HÉNECIIME.

Comment donc! voulez- vous que j’épouse une folle?

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