‹ Theatre de Regnard (volume 2)Chapitre 333 sur 434 · CRISP1X · texte numérisé non relu

CRISP1X

Il fuit son testament?

LISETTE

Dans peu de temps , j’espère

Y voir coucher mon nom en riche caractère.

, CiUSPIH.

C’est très-bien espérer : j’espère bien encor

Y voir aussi coucher le mien en lettres d’or.

LISETTE

Tout beau , l’ami , tout beau ! L’on dirait , à t'entendre, Qu'à la succession tu peux aussi prétendre.

Déjà ne sont-ils pas assez de concurrents ,

Sans t’aller mettre encore au rang des aspirants?

Il a tant d’héritiers, le bon seigueur Géronte,

Il en a tant et tant, que parfois j’en ai honte :

Des oncles , des neveux , des nièces , des cousins ,

Des arrière-cousins remués de germains ;

J’en comptai l’autre jour , en lignes paternelles ,

Cent sept mâles vivants : juge encor des femelles !

CRISPLN.

Oui ! mais mon maître aspire à la plus grosse part : J’en pourrais bien aussi tirer ma quote-part ;

Je suis un peu parent , cl tiens à la famille.

LISETTE

Toi?

CRISPIN

Ma première femme était assez gentille ,

Une Bretonne vive, et coquette surtout ,

Qu’Éraste , que je sers , trouvait fort à son goût :

Je crois , comine toujours il fut aimé des dames,

Que nous pourrions bien être alliés par les femmes ;

Et de monsieur Géronte il s’en iaudrail bien peu Que par là je ne fusse un arrière-neveu.

LISETTE

Oui dà; tu peux passer pour parent de campagne,

Ou pour neveu , suivant la mode de Bretagne.

CR1SPIN

Mais , raillerie à part , nous avons grand besoin Qu’à faire un testament Géronte prenne soin.

Si mon maître, primo, n’est nommé légataire,

Le reste de ses jours il fera maigre chère.

RECNAIIO. 3f

LE LEGATAIRE UNIVERSEL.

Secundo, quoiqu'il soit diablement amoureux. Madame Arganlc, avant de couronner scs feux ,

Et de le marier à sa fille Isabelle,

Veut qu’un bon testament , bien sûr et bien fidèle , Fasse ledit neveu légataire de tout.

Mais ce qui doit le plus être de notre goût ,

C’est qu’Éraste nous fait trois cents livres de rente Si nous réussissons au gré de son attente :

Ce don, de notre hymen formera les liens.

Ainsi tant de raisons sont autant de moyens Que j’emploie à prouver qu’il est très-nécessaire Que le susdit neveu soit nommé légataire;

Et je conclus enfin qu’il faut conjointement Agir |M)ur arriver au susdit testament.

LISETTE

Comment diable ! Crispin , tu plaides comme un ange

CBISPIN.

Je le crois. Mon talent te paralt-il étrange?

J’ai brillé dans l’étude avec assez d’honneur,

Et l’on m’a vu trois ans clerc chez un procureur.

Sa femme était jolie ; et , dans quelques affaires ,

Nous jugions à huis cio» de petits commissaires.

LISETTE

La boutique était bonne. Eli! pourquoi la quitter?

CBISPIN.

L’époux un peu jaloux m’en a fait déserter.

Un procureur n’est pas un homme lort traitable :

Sur sa femme il m’a fait des chicanes de diable- J’ai bataillé , ma foi, deux ans sans en sortir ;

Mais je fus à la fin contraint de déguerpir.

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