SCÈNE VII
M,ne ARGANTE, ISABELLE, GÉRONTE, KRASTE , LISETTE, LE LAQUAIS.
ARGANTE
Nous avons, ce matin , appris de vos nouvelles,
Qui nous ont mis pour vous en des peines mortelles.
Vous avez , ce dit-on , très-mal passé la nuit.
GÉRONTE
Ce sont mes héritiers qui font courir ce bruit ;
Ils me voudraient déjà voir dans la sépulture.
Je ne me suis jamais mieux porté, je vous jure.
F.RASTE.
Mon oncle a le visage , ou du moins peu s’en faut ,
D’un galant de trente ans.
LISETTE, à part.
Oui , qui mourra bientôt.
GÉRONTE
Je serais bien malade , et plus qu’à l’agonie ,
Si des yeux aussi beaux ne me rendaient la vie.
Mme ARGANTE.
Ma fille , en ce moment vous voyez devant vous Celui que je vous ai destiné pour époux.
GÉRONTE
Oui , madame, c’est vous ( pour le moins je m’en flatte ) Qui guérirez mes maux mieux qu’un autre Hippocrate.
Vous êtes pour mon cœur comme un julep futur,
Qui doit le nettoyer de ce qu’il a d’impur :
Mon hymen avec vous est un sûr émétique,
Et je vous prends enfin pour mon dernier topique.
ISABELLE
Je ne sais pas, monsieur, pour quoi vous me prenez;
Mais ce choix m’interdit, et vous me surprenez.