‹ Theatre de Regnard (volume 2)Chapitre 379 sur 434 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

ÉRASTE, CRISPIN

ÉRASTE

Tu m’arraches , Crispin , des portes du trépas.

Si ton dessein succède au gré de notre envie ,

Je veux te rendre heureux le reste de ta vie.

Je serais légataire ! et , par même moyen ,

J’épouserais l’objet qui fait seul tout mon bien !

Ab! Crispin!

CRISPIN

Cependant une terreur secrète S’empare de mes sens , m'alarme et m’inquiète :

Si la Justice vient à connaître du fait,

Elle est un peu brutale , et saisit au collet.

Il faut faire un faux seing; et ma main alarmée Se refuse au projet dont mon âme est charmée.'1'

ÉRASTE

Ton trouble est mal fondé : depuis deux ou trois mois Géronte ne pouvait se servir de ses doigts ;

Ainsi sa signature, ailleurs si nécessaire,

N’est point , comme tu vois , requise en notre affaire ; Et tu déclareras que tu ne peux signer.

CRISPIN

A de bonnes raisons je me laisse gagner ;

Et je sens tout à coup renaître en mon courage L’ardeur dont j’ai besoin pour un si grand ouvrage.

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