SCÈNE VII
ÉRASTE, CRISPIN
CRISPIN, remettant co place la table et les chaises.
Ai-je tenu parole ?
Et, dans l’occasion , sais-je jouer mon rôle,
418 LE LEGATAIRE UNIVERSEL.
Et faire un testament ?
ÉRASTE
Trop bien pour ton profit.
Dis-moi donc, malheureux! as-tu perdu l’esprit,
De faire un testament qui m’est si dommageable ?
De laisser à Lisette une somme semblable?
CRISPIN
Ma foi , ce n’est pas trop.
ÉRASTE
Deux mille écus comptant CRISPIN.
11 faut, en pareil cas, que chacun soit content. Pouvais-je moins laisser à celte pauvre fille?
Comment donc, traître 1
CRISPIN
Elle est un peu de la famille Votre oncle, si l’on croit le lardon scandaleux ,
N’a pas été toujours imitent et goutteux ;
Et j’ai dû lui laisser un peu de subsistance,
Pour l’acquit de son âme et de ma conscience.
! ÉRASTE
Et de ta conscience ! Et ces quinze cents francs De pension à toi payables tous les ans,
Que tu t’es fait léguer avec tant de prudence,
Est-ce encor pour l’acquit de cette conscience?
CRISPIN
11 ne faut point , monsieur, s’estomaquer si fort :
On peut en un moment nous mettre tous d’accord. Puisque le testament que nous venons de faire,
Où je vous institue unique légataire,
Ne peut avoir l’honneur d’obtenir votre aveu ,
Il faut le déchirer et le jeter au feu.
ÉRASTE
M’en préserve le ciel !
CRISPIN
Sans former d’entreprise , Laissons la chose au point où votre onde l’a mise.
Ce serait cent fois pis ; j’en mourrais de douleur.
CRISPIN
11 s’élève, aussi bien , dans le fond de mon cœur