‹ Theatre de Regnard (volume 2)Chapitre 390 sur 434 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

LISETTE, ÉRASTE, CRISPIN

LISETTE , sc jetant dans le fauteuil.

Miséricorde! ah ciel I je me meurs : je suis morte.

ÉRASTE à Lisette.

Qu’as-tu donc, mon enfant, à crier de la sorte?

LISETTE

J’étouffe. Ouf, ouf, la peur m’empêche de parler.

CRISPIN, à Lisette.

Quel vertigo soudain a donc pu te troubler ?

Parle donc, si tu veux.

LISETTE

Géronte...

CRISPIN

Eh bien! Géronte...

LISETTE , sc levant brusquement.

Ali ! prenez garde à moi.

• •. CRISPIN

Veux-tu finir tou conte?

LISETTE

Un grand fantôme noir...

LE LÉGATAIRE UNIVERSEL

ÉRASTE

Comment donc? que dis-tu?

LISETTE

Hélas ! mon cher monsieur, je dis ce que j’ai vu. Après avoir conduit ces messieurs dans la rue,

Où la mort du bonhomme est déjà répandue ,

Où même le crieur a voulu , malgré moi ,

Faire entrer, avec lui, l’attirail d’un convoi;

De la chambre , où gisait votre oncle sans escorte ,

Il m’a semblé d’abord entendre ouvrir la porte;

Et , montant l'escalier, j’ai trouvé, nez pour nez, Comme un grand revenant , Géronte sur ses pieds.

CRISPIN

De la crainte d’un mort ton âme possédée '

T’abuse, et te fait voir un fantôme en idée.

LISETTE

C’est lui , vous dis-je; il parle. .. Ah !

( Elle se retourne, voit Crispin qu’elle prend pour Ccronte , se lève , et se sauve dans un coin , on poussant un cri d’eflroi.)

CRISPIN

Pourquoi ce grand cri?

Excuse , mon enfant ; je te prenais pour lui.

Enfin, criant , courant , sans détourner la vue ,

Essoufflée et tremblante, ici je suis venue Vous dire que le mal de vetre oncle en ces lieux N’est qu’une léthargie, et qu’il n’en est que mieux.

ÉRASTE

Avec quelle constance, au branle de sa roue,

La fortune ennemie et me berce et me joue !

LISETTE

O trop flatteur espoir! projets si bien conçus,

Et mieux exécutés, qu’êtes- vous devenus?

CRISPIN

Voilà donc le défunt que le sort nous renvoie !

Et l’avare Achéron lâche encore sa proie !

Vous le voulez , grands dieux ! ma constance est à bout. Je ne sais où j’en suis, et j’abandonne tout.

ÉRASTE

Toi que j’ai vu tantôt si grand, si magnanime,

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