‹ Theatre de Regnard (volume 2)Chapitre 4 sur 434 · NOTICE SIR REGNARD · texte numérisé non relu

NOTICE SIR REGNARD

sait le temps de la be le saisou , et où il chassait le cerf et le chevreuil. Quelques années avant sa mort, il se lit recevoir grand bailli de la province de Hurepoix , au comté de Dourdan; et il est mort revêtu de cette charge. Il n’épargua rien pour embellir son château et sa terre de Grillon, et il profita, avec un art infini, de tous les avantages dont la nature avait pourvu si libéralement ce beau lieu ; de sorte qu’il en fit un séjour enchanté. Pour donner une idée de la vie agréable que Regnard passait à Grillon avec ses amis, il suffit de lire/e Mariage de la Folie , divertissement pour la comédie des Folies amoureuses , que l’auteur semble avoir composée dans cette intention , en s'y désignant sous le nom de Clitandre *.

C’est dans cette agréable retraite que Regnard écrivit la relation de ses voyages, et qu’il composa la plupart de ses comédies. Il y mourut le jeudi 5 septembre 1710, âgé de 54 ans , sans avoir été marié, fort regrclté de tous ses amis , des gens de lettres , et particulièrement des amateurs de la scène française.

Regnard mourut sans avoir été malade , et par sa seule imprudence. Il n’avait point de foi aux médecins: il était fort replet et grand mangeur. Un jour qu’il se sentit incommodé de quelque reste d’indigestion, il lui prit envie de se purger de sa propre ordonnance , mais d’une façon fort extravagante. Il était à Grillon, où il avait passé toute la belle saison à faire une chère trèsdélicate : il demanda à un de ses paysans quelles étaient les drogues dont il composait les médecines qu’il donnait à ses chevaux; le paysan les lui nomma : Regnard sur-le-champ les envoya acheter à Dourdan , s’eu fit une médecine, et l’avala le lendemain; mais, deux heures après qu’il l’eut prise, il sentit dans l’estomac des douleurs si aiguës , qu'il ne put demeurer au lit. Il fut obligé de se lever, et de se promener à grands pas dans

' Voyez l'avertissement qui précède les Folies amoureuses.

NOTICE SUR REGNARl).

sa chambre , pour tâcher de faire descendre sa médecine, qui l’étouffait. Ses valets montèrent à ce bruit , jugeant qu’il se trouvait mal ; mais à peine lurent-ils entrés, que son oppression Tedoubla. 11 tomba dans leurs bras, sans connaissance et sans voix, et il fut suffoqué, sans pouvoir recevoir le moindre secours.

Ou ne convient pas de toutes les circonstances de sa mort. Il est bien vrai qu’il mourut d’une médecine prise mal à propos, et à la suite d’une indigestion; mais, dit-on, d'une médecine ordinaire, dont il ne. serait point mort s'il n’avait point eu l’imprudence d aller à la chasse le même jour qu’il l’avait prise, de s’y échauffer extrêmement , et de boire un grand verre d’eau à la glace, à son retour : ce qui causa une révolution si subite et si violente dans son corps, qu’il en mourut le lendemain sans qu'on pût le secourir.

La petite terre de Grillon fut vendue par ses héri- * tiers après sa mort. Elle a appartenu depuis à M. de Magny, fils du célèbre M. Foucault, intendant de Caen , et grand antiquaire. La maison n’est pas grande ; mais elle est dans un joli vallon , et très-agréablement située ; elle est précisément au bord d’un ruisseau , et tout entourée de bois par derrière. C’est la demeure du monde la plus propre pour un poète.

Les comédies qu’il a données au Théâtre-Français sont : la Sérénade, le Joueur, le Bal , le' Distrait , Démocrite , les Folies amoureuses , les Ménechmes , te Retour imprévu , le Légataire et la Critique, du Légataire, et Attendez-moi sous Corme , que quelques-uns ont attribuée à Dufresny. Celles qui furent jouées au Théâtre-Italien sont : le Divorce , la Descente de Mezzetin aux enfers , Arlequin homme a bonnes fortunes , la Critique de cette pièce, les Filles errantes, la Coquette, la Naissance d'Amadis. Il a composé, avec Dufresny, les Chinois, la Baguette de f u/rain, la Foire Saint-Germain , et les Momies d'Fggplc. Il a de plus donne à l’Opéra le Carnaval de

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