‹ Theatre de Regnard (volume 2)Chapitre 424 sur 434 · RÉFLEXIONS · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS

Il est ordinaire aux voyageurs qui passent les mers de faire uaitre des orages ; et tout ce qui n’est point calme est pour eux une tempête continuelle , qui brise leurs vaisseaux contre le firmament, et tantôt les jette jusque dans les enfers : ce sont les manières de parler de quelques-uns. Pour moi , sans amplifier les choses, je vous dirai que la mer Baltique est célèbre en naufrages, et qu’il est rare d’y passer pendant l’automne, car elle n’est point navigable l’hiver, sans y être pris du mauvais temps. Nous avons été obligés de relâcher en cinq ou six endroits; et ce passage, qu’on fait ordinairement en trois ou quatre jours , nous a retenus.

Ces disgrâces ont servi à quelque chose , et le temps que nous sommes demeurés à l’ancre n’a pas été le plus mal employé de ma vie. J’allais tous les jours passer quelques heures sur des rochers escarpés , où la hauteur des précipices et la vue de la mer n’entretenaient pas mal mes rêveries. Ce fut dans ces conversations intérieures que je m'ouvris tout entier à moi-même, et que j’allais chercherdans les replisde mon cœur les sentiments les plus cachés et les déguisements les plus secrets , pour me mettre la vérité devant les yeux, sans fard , telle qu’elle était en effet. Je jetai d'abord la vue sur les agitations de ma vie passée , les desseins sans exécution , les résolutions sans suite, et les entreprises sans succès. Je considérai l'état de ma vie présente , les voyages vagabonds , les changements de lieux , la diversité des objets , et les mouvements continuels dont j’étais agité. Je me reconnus tout entier dans l’un et dans l’autre de ces états , où l’inconstance avait plus de part que toute autre chose, sans que l’amourpropre vînt flatter le moindre trait qui empêchât de me reconnaître dans cette peiuture. Jejugeai sainement de toutes choses. *p conçus que tout cela était directement opposé à la société

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