A CT K I, SCÈNE VI
VALÈRE
Mais y penses-tu bien? i
OU les prendrai-je, dis?
Ma foi , je n’cn sais rien.
Pour nippes , nous n’avons qu’un grand fonds d’espérance Sur les produits trompeurs d’une réjouissance ;
Et, dans ce siècle-ci , messieurs les usuriers Sur de pareils effets prêtent peu volontiers.
VALÈRE
Mais quel gage , dis-moi , veux-tu que je lui donne ?
HECTOR
Elle viendra tantôt elle-même en personne :
Vous vous ajusterez ensemble en quatre mots.
Mais, monsieur, s’il vous plaît , pour changer de propos. Aimeriez-vous toujours la charmante Angélique?
VALÈRE
Si je l’aime? Ah ! ce doute et m’outrage et me pique.
Je l’adore.
HECTOR
Tant pis : c’est un signe fâcheux.
Quand vous êtes sans fonds , vous êtes amoureux ;
Et quand l’argent renaît, votre tendresse expire.
Votre bourse est, monsieur, puisqu’il faut vous le dire , Un thermomètre silr, tantôt bas, tantôt haut,
Marquant de votre cœur ou le froid ou le chaud.
VALÈRE
Ne crois pas que le jeu , quelque sort qu’il me donne,
Me fasse abandonner cette aimable personne.
HECTOR
Oui, mais j’ai bien peur, moi , qu’on ne vous plante là.
VALÈRE
Et sur quel fondement peux -tu juger cela ?
HECTOR
Nérine sort d’ici, qui m’a dit qu’Angélique Pour Dorante votre oncle en ce moment s’explique ;
Que vous jouez toujours, malgré tous vos serments;
Et qu’elle abjure enfin ses tendres sentiments.
VALÈRE
Dieux ! que me dis-tu là ?
HECTOR
Ce que je viens d’entendre.
VALÈRE
Bon ! cela ne se pcnl ; on t’a voulu surprendre.
HECTOR
Vous êtes assez riche en bonne opinion ,
A ce qu'il me parait.
Point. Sans présomption ,
On sait ce que l’on vaut.
HECTOR
Mais si, sans vouloir rire , Tout allait comme j’ai l'honneur de vous le dire,
Et qu’Angélique enfin pùt changer...
VALÈRE
En ce cas,
Je prends le parti... Mais cela ne se peut pas.
HECTOR
Si cela se pouvait, qu’une passion neuve...
VALÈRE. '
En ce cas , je pourrais rabattre sur la veuve ,
La comtesse sa sœur.
HECTOR
Ce dess< n me plaît fort ;
J’aime un amour fondé sur un bon coffre-fort;
Si vous vouliez un peu vous aider avec elle,
Cette veuve, je crois, ne serait point cruelle;
Ce serait une éponge à presser au besoin.
VALÈnE.
Cette éponge, entre nous, ne vaudrait pas ce soin.
C’est, dans son caractère, une espèce parfaite,
Un ambigu nouveau de prude et de coquette,
Qui croit mettre les cœurs à contribution ,
Et qui veut épouser : c’est là sa passion.
VALÈRE
Épouser?
HECTOR
Un marquis, de môme caractère, Grand épouseur aussi , la galope et la flaire.
VALÈRE
Et quel est ce marquis?
HECTOR
C’est , à vous parler net,