‹ Theatre de Regnard (volume 2)Chapitre 58 sur 434 · ACTE II, SCÈNE II. Cl · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II. Cl

Pour garder du défunt le souvenir charmant ,

Je |K)rtais son portrait ; et cette vive image Me soulageait un peu des chagrins du veuvage :

Mais qu’est-ce qu’un portrait , quand on aime bien fort ?

C’est un époux vivant qui console d’un mort.

NÉRINE

Madame n’aime pas les maris en peinture.

LA COMTESSE

Cela racquitte-t-il d'une perte aussi dure?

C’est irriter le mal , au lieu de l’adoucir.

ANGÉLIQUE

Connaisseuse en maris, vous deviez mieux choisir.

Vous unir à Valère !

LA COMTESSE

Oui , ma sœur, à lui- mémo.

ANGÉLIQUE

Mais vrfus n’y pensez pas. Croyez-vous qu’il vous aime?

LA COMTESSE

S’il m’aime, lui! s’il m’aime! Ah! quel aveuglement!

On a certains attraits , un certain enjouement ,

Que personne ne peut me disputer, je pense.

ANGÉLIQUE

Après un si long temps de pleine jouissance ,

Vos attraits sont à vous sans contestation.

LA COMTESSE

Et je puis en user à ma discrétion.

ANGÉLIQUE

Sans doute. Et je vois bien qu’il n’est pas impossible Que Valère pour vous ait eu le cœur sensible.

L’or est d’un grand secours pour acheter un cœur :

Ce métal , en amour, est un grand séducteur.

En vain vous m’insultez avec uu tel langage;

La modération fut toujours mon partage :

Mais ce n’est point par l’or que brillent mes attraits;

Et jamais, en aimant, je ne fis de faux frais.

Mes sentiments , ma soeur, sont différents des vôtres;

Si je connais l’amour, ce n’est que dans les autres.

J’ai beau m’armer de fier, je vois de toutes parts . Mille cœurs amoureux suivre mes étendards :

LE JOUEUR

Un conseiller de robe , un seigneur de finance , Dorante', le marquis, briguent mon alliance;

Mais si d’un nouveau nœud je veux bien me lier,

Je prétends à Valère offrir un cœur entier.

Je fais profession d’une vertu sévère.

ANCÉLIQUE.

Qui peut vous assurer de l'amour de Valère ?

LA COMTESSE

Qui peut m’en assurer ? mon mérite, je crois.

ANGÉLIQUE

D’autres sur lui , ma sœur, auraient les mêmes droits.

LA COMTESSE

Il n’eut jamais pour vous qu’une estime stérile.

Un petit feu léger, vagabond , volatile.

Quand on veut inspirer une solide amour,

Il faut avoir vécu , ma sœur, bien plus d’un jour ; Avoir un certain poids, une beauté formée Par l’usage du monde, et des ans confirmée.

Vous n’en êtes pas là.

AKCÉLIQUE.

J’attendrai bien du temps.

NÉRINE

Madame est prévoyante , elle a pris les devants.

Mais on vient.

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