‹ Theatre de Regnard (volume 2)Chapitre 59 sur 434 · ACTE U, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE U, SCENE IV

Si l'Amour, pour vous voir, ne m’eût prêté scs ailes.

LA COMTESSE

Que monsieur le marquis est galant sans fadeur!

LC MARQUIS.

Oh ! point du tout, je suis votre humble serviteur. Mais , à vous parler net , sans que l’esprit fatigue , Près du sexe je sais me démêler d'intrigue.

( apercevant Angélique. )

Ah ! juste ciel ! quel est cet admirable objet?

LA COMTESSE

C’est ma sœur.

le marquis.

Votre sœur ! vraiment, c’est fort bien fait. Je vous sais gré d'avoir une sœur aussi belle;

On la prendrait, parbleu , pour votre sœur jumelle.

Comme à tout ce qu’il dit il donne uh joli tour!

Qu’il est sincère! On voit qu’il est homme de cour.

LE MARQUIS

. Homme de cour, moi ! non. Ma foi , la cour m’ennuie. L’esprit de ce pays n’est qu’en superficie ;

Sitôt que vous voulez un peu l’approfondir.

Vous rencontrez le tuf. J’y pourrais m’agrandir;

J’ai de l’esprit , du cœur, plus que seigneur de France;

Je joue , et j’y ferais fort bonne contenance :

Mais je n’y vais jamais que par nécessité,

Et pour y rendre au roi quelque civilité.

NÉHUNE.

Il vous est obligé, monsieur, de tant de peine.

LE MARQUIS

Je n’y suis pas plus tôt, soudain je perds haleine.

Ces fades compliments sur de grands mots montés.

Ces protestations qui sont futilités ,

Ces serrements de mains dont on vous estropie ,

Ces grands embrassements dont un flatteur vous lie,

M ôtent à tout moment la respiration :

On ne s’y dit bonjour que par convulsion.

ANCÉLIQUE, au marquis.

Les dames de la cour sont bien mieux votre allaire?

Point. 11 faut être au moins gros fermier pour leur plaire :

LE JOUEUR

Leur suite vanité croit ne pouvoir trop liant A des faveurs de cour mettre un injuste taux.

Moi , j’aime à pourchasser des beautés mitoyennes. L’hiver, dans un fauteuil, avec des citoyennes,

Les pieds sur les chenets étendus sans façons ,

Je pousse la fleurette , et conte mes raisons.

Là, toute la maison s’offre à me faire fêle;

Valet, filles de chambre, enfants, tout est honnête : L’époux même discret, quand il entend minuit.

Me laisse avec madame, et va coucher sans bruit. Voilà comme je vis , quand parfois dans la ville Je veux bien déroger...

NÉRINE

La manière est facile ;

Et ce commerce-là me paraît assez doux.

LE MARQUIS , à la comtesse.

C’est ainsi que je veux en user avec vous.

Je suis tout naturel , et j’aime la franchise :

Ma bouche ne dit rien que mon coeur n’autorise :

Et quand de mon amour je vous fais un aveu , Madame, il est trop vrai que je suis tout en feu.

LA COMTESSE

Fi donc, petit badin , un peu de retenue!

Vous me parlez, marquis, une langue inconnue :

Le mot d’amour me blesse, et me fait trouver mal.

LE MARQUIS

L’effet n’en serait pas peut-être si fatal.

NÉRINE

Elle veut qu’en détours la chose s’enveloppe ;

Et ce mot, dit à cru, lui cause une syncope.

AKCÉLIQDE.

Dans la bouche d’un autre il deviendrait plus doux.

LA COMTESSE. ’

Comment ? Qu’est-ce? Plalt-il? Parlez; expliquez-vous. Parlez donc, parlez donc. Apprenez, je vous prie,

Que mortel , quel qu’il soit , ne me dit de ma vie Un mot douteux qui pût effleurer mon honneur.

LE MARQUIS

Croirait-on qu’une veuve aurait tant de pudeur?

ANGÉLIQUE

Mais Valèrc vous aime : et souvent...

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