NOTICE SUR REGNARD
du premier maître de l’art , il ne l’est pas moins quand il suit les sentiers qu'il ose lui-même se tracer. Combien d’idées , de traits , d’incidents nouveaux , embel lissent ses poèmes ! Il conduit bien une intrigue , expose clairement le sujet; le nœud se forme sans contrainte ; l’action prend une marche régulière ; chaque incident lui donne un nouveau degré de chaleur ; l’intérêt croît jusqu’à un dénoûment heureux , tiré du fond même de la pièce. Ce n’est point d’après des idées qui ne sont que dans son imagination , qu’il forme ses caractères et trace ses portraits ; il les cherche parmi les vices , les défauts et les ridicules les plus accrédités ; il avait sous les yeux les originaux qu’il copiait : c’étaient leurs mœurs, leur ton, leur langage, qu’il peignait d’après nature. Son esprit gai ne prenait des hommes que ce qu’ils avaient de plus propre à fournir d’heureuses plaisanteries. Sa comédie du Joueur peut être comparée aux meilleures pièces de Molière, qui n’aurait pas même désavoué le Distrait, Dèmocrile , les Méneçhmes , le Ugataire universel, et plusieurs scènes des petites pièces. On pourrait , peut-être , lui reprocher d’avoir trop grossi les traits ; de mettre souvent en récit ce qui vient de se passer sur la scène ; d’avoir peu soigné sa versilication , qui , à force de vouloir . être aisée et naturelle , devient quelquefois négligée , traînante et prosaïque.