‹ Theatre de Regnard (volume 2)Chapitre 66 sur 434 · ACTE 11, SCÈNE XL NÉRINE , bas à Angélique · texte numérisé non relu

ACTE 11, SCÈNE XL NÉRINE , bas à Angélique

Qu'un amant mort pour nous nous mettrait en crédit!

VALÈRE

Vous le voulez ? Eh bien ! il faut vous satisfaire , Cruelle ! il faut mourir.

( U vcul tirer son épcc. ) ANGÉLIQUE , l’arrêtant.

Que faites* vous , Valère ?

NÉRINE , bas à Angélique.

Eh bien ! ne voilà pas votre tendre maudit Qui vous prend à la gorge ! Euh !

ANGÉLIQUE, bas à Ncrine.

Tu ne m’as pas dit,

Nérine, qu’il viendrait se percer à ma vue :

Et je tremble de peur quand une épée est nue.

NÉRINE, à part.

Que les amants sont sots !

VALÈRE

Puisqu’un soin généreux Vous intéresse encore aux jours d’un malheureux , Non , ce n’est point assez de me rendre la vie ;

11 faut que, par l’amour désarmée, attendrie,

Vous me rendiez encor ce cœur si précieux ,

Ce cœur sans qui le jour me devient odieux.

ANGÉLIQUE, bas à Ncrine.

Nérine , qu’en dis-tu ?

NÉRINE, bas à Angélique.

Je dis qu’en la mélée

Vous avez moins de cœur qu’une poule mouillée.

Madame , au nom des dieux , au nom de vos attraits...

ANGÉLIQUE

Si vous me promettiez...

VALÈRE

Oui , je vous le promets ,

Que la lureur du jeu sortira de mon âme,

Et que j'aurai pour vous la plus ardente flamme...

NÉRINE , à part.

Pour faire des serments il est toujours tout prêt.

ANGÉLIQUE

11 faut encore, ingrat , vouloir ce qu’il vous plaît.

72 LIL JOUEUR

Oui , je vous rends mon cœur.

VALÈRE, baisant la main d'Angélique.

Ali ! quelle joie extrême !

ANGÉLIQUE

Et , j tour vous faire voir à quel point je vous aime ,

Je joins a ce présent celui démon portrait.

(Elle lui donne son portrait, enrichi de diamants. ) NÉRINE , à part.

Hélas! de mes sermons voilà quel est l’effet!

VALÈRE

Quel excès de faveurs!

ANGÉLIQUE

Gardez-Ie , je vous prie.

VALÈRE, le baisant.

Que je le garde , ô ciel ! Le reste de ma vie...

Que dis-je? je prétends que ce portrait si beau Soit mis avecquc moi dans le même tombeau ,

Et que même la mort jamais ne nous sépare.

NÉRINE, à part.

Que l’esprit d’nue tille est changeant et bizarre !

ANGÉLIQUE

Ne me trompez donc plus , Valère ; et que mon cœur Ne se repente point de sa facile ardeur.

VALÈRE

Fiez-vous aux serments de mon âme amoureuse.

NÉRINE , à part.

Ali ! que voilà pour l’oncle une époque lâcheuse !

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