ACTE 11, SCÈNE XL NÉRINE , bas à Angélique
Qu'un amant mort pour nous nous mettrait en crédit!
VALÈRE
Vous le voulez ? Eh bien ! il faut vous satisfaire , Cruelle ! il faut mourir.
( U vcul tirer son épcc. ) ANGÉLIQUE , l’arrêtant.
Que faites* vous , Valère ?
NÉRINE , bas à Angélique.
Eh bien ! ne voilà pas votre tendre maudit Qui vous prend à la gorge ! Euh !
ANGÉLIQUE, bas à Ncrine.
Tu ne m’as pas dit,
Nérine, qu’il viendrait se percer à ma vue :
Et je tremble de peur quand une épée est nue.
NÉRINE, à part.
Que les amants sont sots !
VALÈRE
Puisqu’un soin généreux Vous intéresse encore aux jours d’un malheureux , Non , ce n’est point assez de me rendre la vie ;
11 faut que, par l’amour désarmée, attendrie,
Vous me rendiez encor ce cœur si précieux ,
Ce cœur sans qui le jour me devient odieux.
ANGÉLIQUE, bas à Ncrine.
Nérine , qu’en dis-tu ?
NÉRINE, bas à Angélique.
Je dis qu’en la mélée
Vous avez moins de cœur qu’une poule mouillée.
Madame , au nom des dieux , au nom de vos attraits...
ANGÉLIQUE
Si vous me promettiez...
VALÈRE
Oui , je vous le promets ,
Que la lureur du jeu sortira de mon âme,
Et que j'aurai pour vous la plus ardente flamme...
NÉRINE , à part.
Pour faire des serments il est toujours tout prêt.
ANGÉLIQUE
11 faut encore, ingrat , vouloir ce qu’il vous plaît.
72 LIL JOUEUR
Oui , je vous rends mon cœur.
VALÈRE, baisant la main d'Angélique.
Ali ! quelle joie extrême !
ANGÉLIQUE
Et , j tour vous faire voir à quel point je vous aime ,
Je joins a ce présent celui démon portrait.
(Elle lui donne son portrait, enrichi de diamants. ) NÉRINE , à part.
Hélas! de mes sermons voilà quel est l’effet!
VALÈRE
Quel excès de faveurs!
ANGÉLIQUE
Gardez-Ie , je vous prie.
VALÈRE, le baisant.
Que je le garde , ô ciel ! Le reste de ma vie...
Que dis-je? je prétends que ce portrait si beau Soit mis avecquc moi dans le même tombeau ,
Et que même la mort jamais ne nous sépare.
NÉRINE, à part.
Que l’esprit d’nue tille est changeant et bizarre !
ANGÉLIQUE
Ne me trompez donc plus , Valère ; et que mon cœur Ne se repente point de sa facile ardeur.
VALÈRE
Fiez-vous aux serments de mon âme amoureuse.
NÉRINE , à part.
Ali ! que voilà pour l’oncle une époque lâcheuse !