‹ Theatre de Regnard (volume 2)Chapitre 81 sur 434 · ACTE III, SCÈNE XL · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE XL

De cent jolis combats je nie suis démêlé ;

J’ai la botte trompeuse et le jeu très-brouillé. Mes aïeux sont connus ; ma race est ancienne ; Mon trisaïeul était vice-bailli du Maine.

J’ai le vol du chapon : ainsi , dès le berceau , Vous voyez que je suis gentilhomme manceau.

VALÈRE

On le voit à votre air.

LE MAI1QUIS

J’ai , sur certaine femme, Jeté , sans y songer, quelque amoureuse flamme. J’ai trouvé la matière assez sèche de soi ;

Mais la belle est tombé amoureuse de moi.

Vous le croyez sans peine : on est fait d’un modèle A prétendre hypothèque, à fort bon droit, sur elle Et vouloir faire obstacle à de telles amours ,

C’est prétendre arrêter un torrent dans son cours.

VALÈRE

Je ne crois pas, monsieur, qu’on fût si téméraire.

LE MARQUIS

On m’assure pourtant que vous le voulez faire-

VALÈRE

Moi?

Que, sans respecter ni rang, ni qualité,

Vous nourrissez dans l’âme une velléité De me barrer son cœur.

VALÈRE

C’est pure médisance;

Je sais ce qu’entre nous le sort mit de distance

LE MARQUIS , bas.

Il tremble.

(haut.)

Savez-vous, monsieur du lansquenet, Que j’ai de quoi rabattre ici votre caquet?

VALÈRE

Je le sais.

LE MARQUIS

Vous croyez, en votre humeur caustique, En agir avec moi comme avec l’as de pique.

VALÈRE

Moi , monsieur ?

LE JOUEUR

LE MARQUIS, bas.

Il me craint.

(Haut.)

Vous faites le plongeon , Petit noble à nasarde, enté sur sauvageon.

(Valère enfonce son chapeau.)

(bas.)

Je crois qu’il a du cœur.

(haut.)

Je retiens ma colère :

Mais...

VALÈRE, mettant la main sur son épée.

Vous le voulez donc P 11 faut vous satisfaire.

' > LE UARQ0I8.

Bon ! bon ! je ris.

VALÈRE

Vos ris ne sont point de mon goût.

Et vos airs insolents ne plaisent point du tout.

Vous ôtes un faquin.

LE MARQUIS

Cela vous plaît à dire.

VALÈRE

Un fat, un malheureux.

Monsieur, vous voulez rire.

VALÈRE , mettant l’épée à la main.

Il faut voir sur-le-champ si les vice-baillis Sont si francs du collier que vous l’avez promis.

LE MARQUIS

Mais faut-il nous brouiller pour un sot point de gloire?

VALÈRE

Oh ! le vin est tiré , monsieur ; il le faut boire.

LE MARQUIS, criant.

Alt ! ah ! je suis blessé.

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