‹ Theatre de Regnard (volume 2)Chapitre 86 sur 434 · ACTE IV, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE

NÉRINE

Non , demeure un moment.

HECTOR

Le temps me presse. Adieu.

Tout doux ! N’est-il pas vrai qu’il est en quelque lieu Où , courant le hasard...

HECTOR

Parlez mieux, je vous prie.

Mon maître n’a hanté de tels lieux de sa vie.

ANGÉLIQUE , à Hector.

Tiens, voilà dix louis. Ne me mens pas ; dis-moi S’il n’est pas vrai qu'il joue à présent.

HECTOR

Oh ! ma Toi ,

Il est bien revenu de cette folle rage,

Et n’aura pas de goût pour le jeu davantage.

ANGÉLIQUE

Avec tes faux soupçons , Nérine , eh bien ! tu vois.

HECTOR

Il s’en donne aujourd’hui pour la dernière fois.

ANGÉLIQUE

11 jouerait donc ?

HECTOR

Il joue , à dire vrai , madame ;

Mais ce n’est proprement que par noblesse d’àme.

On voit qu’il se défait de son argent exprès ,

Pour n’ôtre plus touché que de vos seuls attraits.

NÉRINE, à Angélique.

Eh bien ! ai-je raison ?

HECTOR

Son mauvais sort, vous dis-je, Mieux que tous vos discours aujourd’hui le corrige.

ANGÉLIQUE

Quoi !...

HECTOR

N’admirez-vous pas cette fidélité?

Perdre exprès son argent pour n’étre plus tenté !

11 sait que l’homme est faible , il se met en défense. Pour moi , je suis charmé de ce trait de prudence.

ANGÉLIQUE

Quoi! ton maître jouerait, au mépris d’un serment?

98 LE JOUEUR

HECTOR

C’est la dernière fois, ma<ianie, absolument.

On le peut voir encor sur le champ de bataille ;

Il frappe à droite, à gauche, et d’estoc et de taille;

Il se défend , madame , encor comme un lion.

Je l’ai vu , dans l’effort de la convulsion ,

Maudissant les hasards d’un combat trop funeste :

De sa bourse expirante il ramassait le resle;

Et, paraissant encor plus grand dans son mallieur,

11 vendait cher son sang et sa vie au vainqueur.

nérine

Pourquoi l’as-tu quitté dans cette décadence?

HECTOR

Comme un aide de camp, je viens en diligence Appeler du secours : il faut faire approcher Notre corps de réserve , et je m’en vais chercher Deux cents louis qu’il a laissés dans sa cassette.

NÉRINE

Eh bien ! madame , eh bien ! êtes- vous satisfaite ?

nECTOR.

Les partis sont aux mains ; à deux pas on se bat ,

Et les moments sont chers en ce jour de combat.

Nous allons nous servir de nos armes dernières ,

Et des troupes qu’au jeu l’on nomme auxiliaires.

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