‹ Théatre de Regnard (volume 3)Chapitre 116 sur 404 · LE CHEVALIER, VALÈRE , LISETTE · texte numérisé non relu

LE CHEVALIER, VALÈRE , LISETTE

LE CHEVALIER, riant.

Bonjour» mon oncle. Ah ! ah 1 Lisette , te voilà ! Je ne veux de ma vie oublier celui-là.

LISETTE, au chevalier.

Faites-nous, s'il vous plaît, la grâce de nous dire Le sujet si plaisant qui vous excite à rire.

LE CHEVALIER

Oh ! parbleu , si je ris , ce n'est pas sans sujet. Léandre, ce rêveur, cet honmie si distrait. Vient d'arriver en poste ici , couvert de crotte : Le bon est qu'en courant il a perdu sa botte ,

ACT£ I, SCENK Vf. 13&

Et que, marcbant toujoan, enfin il ft*est trouTé Une botte de moins quaud il est arrivé.

LISEITB.

De ces distractioiis il est assez capable.

ut CBETAUBB.

L'aventure est conuque» ou je me donne au diable.

Mais ce n'est rioi encor ; et son yalet m'a dit

(Je le crois aisément) que le jour qu*il partit

Pour aller voir mourir son onde en Normandie,

Il suivit le ebemin qui mène en Picardie,

Et ne s'aperçut point de sa distraction

Que quand il découvrit les clochers de Noyoi^. •

USETTB.

11 a pris le plus long pour faire sa visite.

LE CHBVAUER , à VaJèrc.

Fussicz-vous descendu du lugubre Heraclite De père en fils , parbleu , vous rirez de ce trait. Vous faites le Caton ; riez donc tout à fait , Mon oncle , allons , gai , gai ; vous avez Tair sauvage. '

VALÈBE.

Vous, n*attrez-vou8 jamais celui d'un homme sage? Faudra-t-il qu'en tous lieux vos airs extravagants , Vos ris immodérés , donnent à rire aux gens?

LÉ CHEVAUEB.

Si quelqu'un rit de md, moi, je ris de bien d'autres. Vous condamnez mes airs, et je blÂme les vôtres ; Et, dans ce beau conflit, ce que je trouve bon. C'est que nous prétendons avoir tous deux raison. Pour moi , je n'ai pas tort. 11 faut bien que je rie De tout ce que je vois tous les jours dans la vie. Cette vieille qui va marchander des galants , Comme un autre ferait du drap chez les marchands ; Cidalise, qu'on sait avoir l'Ame si bonne Qu'elle aime tout le monde et u'éconduit personne; Lodnde , qui , pour rendre on adieu plus touchant , Jusque sur la frontière accompagne un amant , Ne sont pas des sujets qui doivent faire rire ? Parbleu , vous vous^ moquez.

VALÈKE.

Eh, bien! votre satire S'exerce-t-cUe assez? D'un trait envenimé

Toujours riionneur du sexe est par tous entamé. Celles dont vous yaotez mille faveurs reçues , De vos jours bien souvent tous ne les avez vues. Sur ce cruel défaut ne changerez-vous point?

LE CHEVALIER fait deux OU trois pas de ballet.

11 ne prêche pas mal. Passez au second point , Je sids déjà charmé. Que dis-to de ma danse, Lisette?

LISEITE.

Vous dansez tout à fait en cadence.

VÀLÈRE.

Vous vous faites honneur d'être un franc libertin ;

Vous mettez votre gloire à tenir bien du vin ;

£t lorsque, tout fumant d'une vineuse haleine ,

Sur vos pieds chancelants vous vous tenez à peine , ~

Sur un théâtre alors vous venez vous montrer :

Là parmi vos pareils on vous voit folâtrer;

Vous allez vous baiser comme des demoiselles ;

Et, pour vous faire voir jusque sur les chandelles,

Poussant l'un , heurtant Tautre, et comptant vos exploits,

Plus haut que les acteurs vous élevez la voix ;

Et tout Paris , témoin de vos traits de folie,

Rit plus cent fois de vous que de la comédie.

LE CHEVAUER.

Votre troisième point sera-t-il le plus fort? Soyez bref en tout cas , car Lisette s'endort; Moi, je bâille déjà.

TALÈRE.

Moi , votre train de vie Cent (ois bien autrement et me lasse et m'ennuie; Et je serai contraint de faire à Totre sœur Le bien que je voulais faire en votre faveur. Votre père en mourant , ainsi que votre mère , Vous laissèrent de bien une somme légère ; Et, pour vous établir le reste de vos jours. Vous devez de moi seul attendre du secours.

LE CHEVALIER

Mais que fais-jedonc tant, monsieur, ne vous déplaise , Pour trouver ma conduite à tel excès mauvaise? J*aime , je bois , je joue ; et ne vois en cela Rien qui puisse attirer ces réprimandes-là.

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