‹ Théatre de Regnard (volume 3)Chapitre 117 sur 404 · ACTE J, SCÈNK VI · texte numérisé non relu

ACTE J, SCÈNK VI

Je me lève fort tard , et je donne audience A tous mes créanciers.

LISBTTB.

Oui ; mais , en récompense , Vous donnez peu d'argent.

LE CBEyAUEll.

De là , je pars sans bruit, Quand le jour diminue et fait place à la nuit, Avec quelques amis , et nombre de bouteilles Que nous faisons porter, pour adoucir nos veilles^ Cbecdes femmes de bien dont l'honneur est entier, Et qui de leur vertu parfument le quartier. Là, nous perçons ' la nuit d'une ardeur sans égale; Nous sortons au grand jour pour ôter tout scandale ; Et chacun en bon ordre , aussi sage que moi , Sans bruit , au petit pas se retire chez sm. Cette vie innocente est-^Ue condamnée ?

Ne faire qu'un repas dans toute une journée t Un malade, entre nous, se conduirait-il mieux P

LISETTE

Vous êtes trop réglé.

LE CHEVALIER, à Valère.

Voyez-le par vos yeux.

Nous sommes cinq amis que la joie accompagne , Qui travaillons ce soir en bon vin de Champagne. Vous serez le sixième , et vous paierez pour nous ; Car à cinq chevaliers, en nous cotisant tons. Et ramassant écus , livres , deniers , oboles , Nous n*avoos ^cor pu faire que deux pistoles.

LISETTE

Heureux le cabaret, monsieur, qui vous aftend! Vous voilà cinq seigneurs bien en argent comptant !

VALÈBE.

Mais n*êtes-vous pas fou . . .

LE CHEVALIER

A propos de folie , SaveZ'Yoos que dans peu , monsieur, je me marie'

* Perçons est le mot employé par Tautear; et c'ett celui rqn'on Ironye dans l'éditiOD originale et dans les anciennes éditions. Mais ('ans les éditions modernes on a mis passons.

t38 L£ DISTRAIT.

(a Usctte.) Commeut gou?erne»-tu cet objet de mes vosuol?

LISETTE

Ifunsieur...

LE GHETALIER.

S'apprête-t-eUe à couronuer mes feux ?

C'est un petit bijou que toute sa personne , Que je yeux mettre en œuvre , et que j^affectionne ;

(àValère.)

EOe est jeune , elle est riche ; et , de la tète aux pieda. Vous en seriez charmé , si tous la connaissiez.

VALÈBE.

Je la connais : mais vous, connaissez-vous sa mère? Elle ne prétend pas songer à cette aiîaire.

LR CHEVAUER.

Elle ne prétend pas ! Il faut que nous voyions Qui des deux doit avoir quelques prétentions. Elle ne prétend pas 1 Parbleu , le mot me touclie ; Je veux apprivoiser cet apimal farouche.

LISETTE

L'apprivoiser , monsieur? vous perdrez votre teinps, Et vous prendrez plutôt la lune avec les dents.

LE CHETALIEIV, à UseUe.

Nous allons voir; suis-moi.

VALÈRE

Hé! doucement, de grâce ;; Ralentissez un peu cette amoureuse audace. ' A vous voir, on vous croit partir pour un assaut. Et chez les gens ainsi s'en va^t-on de plein saqt ?

LE CHEVALIER

Elle ne prétend p^s ! Ah ! vous pouvez loi dire

Que nous sommes instruits comme il faut se conduire^

Et nous savons la règle établie en tel cas.

Je la trouve admirable ; elle ne prétend pas !

VALÈRB.

Je n'épargnerai rien pour la rendre capable De prendra k votre amour uni parti convenable. Vous , cependant , tâchez , avec des airs plus doux , A mériter le choix qu'on peut faire de vous.

LE CHEVALIER

J'y penserai , mon oncle. Adieu.

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