‹ Théatre de Regnard (volume 3)Chapitre 183 sur 404 · M»« BERTRAND, LISETTE · texte numérisé non relu

M»« BERTRAND, LISETTE

Uvae BERTRAND.

Ah! TOUS Toïlàl Je sais fort aise de vous reocontrer. Parlons ensemble un pea sérieusement , je yous prie, mademoiselle Lisette.

LISETTE

Aussi sérieusement qu'il vous plaira , madame Bertraud.

M"»* BERTRAND

Savex-Tous bien que je suis fort mécontente de la conduite et des manières de ma nièce ?

LISETTE

Comment donc, madame I Qnefait-elledemal,. s'il vous platt?

H'"» BERTRAND

Elle ne fait rien que de mal ; et le pis que j'y trouve , c'est qu'elle garde auprès d'elle une coquine comme vous , qui ne lai donnez que de mauvais conseils , et qui la poussez dans un précipice où son penchant ne l'entraîne déjà que trop.

202 LE BET013R I^IPREVU.

LISETTE

Voilà UQ discours trés-sérieiix au moifis, oiadame; et si je répondais aussi sérieusement » la fin de la conversation pourrait bien faire rire; mais le respect que j'ai pour votre âge, et pour la tante de ma maîtresse, m'empêchera de vous répondre avec aigreur.

g«« BERTRAND.

Vous avez bien de la modération !

Il serait à souhaiter, madame, que vous eu eussiez autant : vous ne seriez pas la première à scandaliser votre nièce, et à la décrier» comme vous faites, dans le monde, par des discours qui n*ont point d'autre fondement que le dérèglement de votre imagination.

M"°« BERTRANH.

Gonunent , impudente , le dérèglement de mon imagination ! C'est le dérèglement de vos actions qui me fait parler ; et il D*y a rien de plus horrible que la vie que vous faites.

LISETTE

Comment donc, madame! 'quelle vie faisons-nous, s'il vous plaît ?

H"<>« BBRTRAtm.

Quelle .' Y a-t-il rien de plus scandaleux que la dépense que Lucile fait tous les jours ^ iine fille qui n'a pas un sou de revenu !

LISETTE

Nous avons du crédit, madame.

M"« BERTRAND

C'est bien à elle d avoir seule une grosse maison , des habits magnifiques!

LISETTE

Est^il défendu de faire fortune?

M™« BERTRAND

Et conunent la fait-elle , cette fortune ? •

^ort innocemment : elle boit, mange, chante, rit, joue, se promène; les biens nous viennent en dormant, je vous en assure. '

M™' BERTRAND

Et la réputation se perd de même, ii^lle verra ce qui lui ar-

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