SCÈNE IV
pour cette tapisserie que monsieur votre père avait achetée iJ y a deux ans, dnq mille francs, à un inventaire.
CUTANDRE.
Bon.
MERLIN
Oui , oui , nous avons fait de bons marchés pendant son absence , û'estK» pas ?
CLITANORB.
Voilà un petit rafralchlssemeut qui nous mènera quelque temps, et nous travaillerons ensuite sur nouveaux frais.
MERLIN
Travaillez-y donc vous-même; car pour moi je fais conscience d'être Tinstrament et la cheville ouvrière de votre ruine : c'est par mes soins que vous avez trouvé le moy€n de dissiper plus de dix miUe écus, sans compter douze ou quinze mille francs que vous devez encore à plusieurs quidams, usuriers ou notaires (c'est presque la même chose) , qui nous vont tomber sur le corps au premier jour.
CLlTâNDRE.
Celui qui m'embarrasse le plus, c'est ce persécutant monsieur André; et si, je ne lui dois quç trois mille cinq cents livres.
MERLIN
11 ne vous a prêté que cela; mais vous avez feit le billet de deux mille écus. Il a, depuis quatre jours, obtenu contre vous une sentence des consuls ; et il ne serait pas plaisant que, le jour de la noce, il vous fit coucher au ChÂtelet.
CUTANDRE.
Nous trouverons des expédients pour nous parer de cet inconvénient.
MERLIN
Hé! quel expédient trouver? Nous avons fait argent de tout ; les revenus sont touchés d'avance ; la maison de la ville est démeublée à faire pitié ; nous avons abattu les bois de la maison de campagne, sous prétexte d'avoir de la vue. Pour moi , je vous avoue que je suis à bout.
CLITANDRE
Si mon père peut être encore cinq ou six mois sans venir, j'aurai tout le temps de réparer, par mon économie , les premiers désordres de ma jeunesse.
208 LE RETOUR liMPREVU.
HERLIN.
Assurément. Et monsieur votre père, de son côté , ne tra* Taille•^il pas à reboucher tous ces trous-là ?
CUTANDBE.
Sans doute.
II Tant mieux que tous fassiez toutes ces sottises-Jà de son vivant qu'après sa mort; il ne serait plus en état d'y remédier.
CUTANDRE.
Tu as raison y Merlin.
MERLIN
Allez , monsieur, vous n'avez pas tant de tort qu'on dirait bien. Monsieur votre père fera un gros profit pendant son voyage; vous aurez fait une grosse dépense pendant son absence : quand il reviendra, de quoi aura-t-il à se plaindre? Ce sera comme s'il n'avait bougé de chez lui; et, au pis aller, ce sera lui qui aura eu tort de voyager.
GLrrANnRE.
Que tu parles aujourd'hui de bon sens , mon pauvre Merlin !
MERLIN
Entre nous , ce n'est pas un grand génie que monsieur votre père; je l'ai mené autrefbis par le nez, comme vous savez; je lui fais accroire ce que je veux : et quand il reviendrait présentement, je me sens encore assez de vigueur pour vous tirer des affaires les plus épineuses. Allons, monsieur, grande chère et bon feu ; le courage me reviéht. Combien serez-vous .à table aujourd'hui?
CUTJLNDRE.
Cinq ou six.
MERLIN
Et votre bon ami le marquis, soi-disant tel, qui vous aide à manger si généreusement votre bien , et qui n'est qu'un' fat au bout du compte, y sera t-il ?
GLITANDRE.
Il me l'a promis.