‹ Théatre de Regnard (volume 3)Chapitre 198 sur 404 · SCÈNE XIU. Vit · texte numérisé non relu

SCÈNE XIU. Vit

MERLIN

Le diable s'en est emparé , monsieur ; il nous a fallu déloger à mi-terme.

GÉRONTE

Le diable s'est emparé de ma maison?

. HERUN.

Om', monsieur : il y revient des lutins ai lutinants... C'est ce qui a obligé TOtre fils à acheter cette autre maison ; nous ne pouvions plus demeurer dans celle-là.

GÉRONTE

Tu te moques de moi ; cela n'est pas croyable.

■ERLIN.

11 n'y a sorte de niches qu'ils ne m'aient faites : tantôt ils me chatouillaient la plante des pieds , tantôt ils me faisaient la barbe avec un fer chaud ; et, toutes les nuits régulièrement, ils me donnaient des camouflets qui puaient le soufre...

OÉRONTE.

Mais, encore une fois, je crois que tu te moques de moi.

MERLIN

Point du tout, monsieur : qu'est-ce qu'il m'en reviendrait? Nous avons vh là-<lessiis les meilleures devineresses de Paris, la Du verger même; il n'y a pas moyen de les faire dégberpir. Ce diable-là est furieusement tenace; c'est celui qui possède ordinairement les femmes , quand elles ont le diable au corps.

GÉRONTE

Une frayeur soudaine commence à me saisir. Et dis-moi , je te prie , n'ont-ils point été dans ma cave ?

MERLIN

Hélas ! monsieur, ils ont fourragé partout.

GÉRONTE

Ah ! je suis perdu : j'ai caché en terre un sac de cuir où il y a vingt mille francs.

MERLIN

' Vingt mille francs ! Quoi I monsieur, il y a vingt mille francs dans votre maison ?

GÉRONTE

Tout autant , mon pauvre Merlin. .

MERLIN

Ah ! voilà ce que c'est ; les diables cherchent les trésors , conmie vous savez. Et en quel endroit?

GÉRONTB

Dans la caire.

Dans la caye? Jusiement, c'est là où ils font leur sabbat. (Â part. ) Ahl si nous rayions su plus tôt... (Haat.) £t de quel côté , s*il TOUS platt ?

GÉRONTE

A gauche en entrant, sous une grande pierre noire qui est h cp\é de la porte.

KERUN.

Sons une grande pierre noire! vingt mille frênes! Vous deviez bien nous en avertir : tous nous eussiez épargné bien de rembarras. C'est à gauche eu entrant, dites-Tous?

GÉRONTE

Oui ; l'endroit n'est pas difficile à trouver.

MERLIN , à part.

Je le trouverai bien. ( Haut. ) Mais savez-^yous bien , monsieur, que vous jouiez là à nous faire tordre le coh ? Et toute la somme est'«lle en or?

GÉRONTE

Tout en louis vieux.

^ MERLIN , à part.

Bon, elle en sera plus aisée à emporter, (flaut.) Oh çà, monsieur, puisque nous savons la cause du mal , il ne sera pas difficile d'y remédier ; je crois que nous en yiendrons à bout : laissez-moi faire.

GÉRONTE

J'ai peine à me persuader, tout ce que tu me dis : cependant on fait tant de contes sur ces matières-là, que je ne sais qu'en croire. Je m'en vais au-devant de mes bardes, et je reviens sur mes pas , pour voir ce qu'il faut faire en cette occasion. Qu'il y a de traverses dans la vie! On ne saurait avoir un peu de bien, que les hommes ou le diable ne cherchent à vous l'attraper.

SGÈJNE XIV.

MËRUrï,8euI.

Le diable n'aura pas celui-ci.

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