SCÈNE VIL
ÉRASTE, CRISPIN
CRISPIN
Mais j'aperçois mon maître.
ÉRASTE
£h bien ! quelle nouvelle Cher Crispin? Dans ces lieux as-tu vu cette belle .^ As-tu vu ce tuteur ? et vois-tu quelque jour, Quelque rayon d'espoir, qui flatte mon amour?
CRISPIN
A vous dire le vrai , ce n'était pas la peine
De venir de Milan ici tout d'une haleine ,
Pour nous en retourner d'abord du même train;
Vous pouviez m'épargner le travail du chemin.
Ah ! que ce mont Cenis est un pas ridicule I
Vous souvient-il , monsieur, quand ma maudite mule
Me jeta par malice en ce trou si profond ?
Je fus près d'un quart d'heure à rouler jusqu'au fond.
ÉRASTE
Ne badine donc point; parle d'autre manière.
CRISPIN
Puisque vous souhaitez une phrase plus claire, .le vous dirai , monsieur^ que j'ai vu le jaloux ,
Qui m'a rc^u d*im air qui tient de TaigroKloux. «
11 faildra du canon pour emporter la place.
ÉRA8TE.
Nous en tiendrons à bout, quoi qu*il dise et qn*il fiisse; £t je ne prétends point abandonner ces lieux , Que je oe sois nanti de l'objet de mes vœux. L'amour, de ce brutal , vaincra la résistance.
CRISPIN
J'aurais pour le succès assez bonne espérance , Si de quelque argent frais nous avions le secours : C'est le nerf de la guerre , ainsi que des amours.
lÉBASTB.
Ne te mets point en peine ; Agathe , en mariage ,
A trente mille écus de bon bien en partage
Quand elle n'aurait rien , je l'aime cent fois mieux
Qu'une autre avec tout l'or qui séduirait tes yeux.
Dès se» plus tendres ans chez ma mère élevée ,
Son imajgje en mon cœur est tellement gravée ,
Que rien ne pourra plus en effacer les traits.
Nos deux cœurs , qui semblaient l'un pour l'autre être faits ,
Goûtaient de cet amour l'heureuse inlelligence ,
Quand ma mère mourut. Dans cette décadence,
Albert, ce vieux jaloux que l'enfer confondra,
Par avis de parents d'Agathe s'empara.
Je ne le connais point ; et lui , eomme je pense ,
De moi , ni de mon nom , n'a nulle connaissance.
On m'a dit qu'il était d'un très-f&cheux esprit ,
Défiant, dur, brutal.
CRispin.
Et Ton TOUS a bien dit.
11 faut savoir d'abord si danâ la forteresse Nous nous introduirons par force ou p^r adresse; S'il est plus à propos , pour nos desseins conçus. De faire On ^ége ouvert , ou former un blocus.
ÉRASTE
Tu te sers à propos des termes militaires; Tu reviens de la guerre.
CRISPIN
En toutes les affaires , La tête doit toujours agir avant le bras. Ce n'est pas d'aujourd'hui que je vois des combats :