ALBERT, ÉRASTE
ALBERT, à part.
Je ne puis denieurer en place un seul moment. Je vais, je viens, je cours; tout accroît mon tourment. Près d'elle , mon esprit, comme le sien, se trouble; Son accès de folie à chaque instant redouble.
( à Éraste. )
Ah ! monsieur, suis-je assez au rang de vo^ amis , Pour m'aider du secours que vous m'avez promis ?
Cet homme qui tantôt m*a vanté sa science Veut-il de ses secrets faire l'expérience? En l'état où je suis , je dois tout accorder ; Et lorsque l'on perd tout, on peut toufhasarder.
ÉRASTE
Je me fais un plaisir de rendre un bon office. On se doit en tout temps l'un à l'autre service. La malade aujourd'iiui m'a fait trop de pitié y Pour ne vous pas donner ces marques d'amitié. L'homme dont il s'agit en ces lieux doit se rendre ; J'ai voulu sur le mal le sonder et Tentendre. Mais il m'en a parlé dans des termes si nets , En me développant la cause et les effets , Qu'en vérité je crois qu'il en sait plus qu'un autr^
ALBERT
Quel service, monsieur, peut être égal au vôtre ! Comme le ciel envoie ici, sans y songer , Cette honnête personne exprès pour m'obUger !
ÉRASTE
Je ne garantis point sa science profonde ;
Vous savez que ces gens , venus du bout du monde,
Pour tout genre de maux apportent des trésors :
C'est beaucoup s'ils n'ont pas ressuscité des morts.
Mais si Ton peut juger de tout ce qu'il peut faire
Par tout ce qu'il m'a dit, cet homme est votre affaire :
Il ne veut que la fm du jour pour tout délai.
Si vous le souhaitez , vous en ferez l'essai.
D'un office d'ami simplement je m'acquitte.
ALBERT
Je suis persuadé , monsieur, de son mérite. Nous voyons tous les jours de ces sortes de gens Apprendre, en voyageant, des secrets surprenants.