SCÈNE IV
AGATHE, en vieille ; LlSETTIfi , ÉRASTE , ALBERT.
Bonjour, mes doux amis : Dieu tous gard*, mes enfanls ! Eli bien ! qu'est ce ? comment passez-vous votre temps P Que le ciel pour longtemps la santé tous envoie , Vous conserve gaillards, et vous maintienne en joie ! Le chagrin ne vaut rien , et ronge les esprits ; Il faut se divertir : c'est moi qui vous le dis.
ÉRASTE
Je la trouve charmante ; et , malgré sa vieillesse , On trouverait encor des retours de jeunesse.
AGATHE
Ho! vous me regardez ! vous êtes ébaubis
De me trouver si fraîche avec des cheveux gris.
Je me porte encor mieux que tous tant que vous êtes.
Je fais quatre repas , et je lis sans lunettes.
Je sirote mon vin, quel qu'il soit, vieux , nouveau ;
Je fais rubis sur l'ongle , et n*y mets jamais d'eau.
Je vide gentiment mes deux bouteilles.
LISETTE
Peste I
AGATHE
Oui vraiment, du Champagne encor, sans qu'il en roste. On peut voir dans ma bouche encor tontes mes dents. J'ai pourtant , voyez-vous , quatre-vingt-dix-huit ans , Vienne la Saint-Martin.
LISETTE
La jeunesse est complète.
Tout autant : mais je suis encore verdelette;
Et je ne laisse pas , à l'âge où me voilà ,
D'avoir des serviteurs , et qui m'en content, dà.
Mais vois-tu, mon ami , veux-tu que je te dise?
Les hommes d'aujourd'hui, c'est piètre marchandise ,
Ils ne valent plus rien; et , pour en ramasser.
Tiens , je ne voudrais pas seulement me baisser.
ÉRASTE, bas à Albert.
De CCS vapeurs souvent est-elle travaillée ?
ALBERT y bas à Érastc.
Hélas !. jamais. Il faut qu'on l'ait eusorcelée.
AGATHE
A mon âge, je vaux encor mon pesant d*or.
Les enfants cependant m*ont beaucoup fait de tort :
Je ne paraîtrais pas la moitié de mon âge.
Si Ton ne m'avait mise à treize ans en ménage.
C'est tuer la jeunesse , à vous en parler franc ,
Que la mettre sitôt en un péril si grand.
Je ne me souviens pas d'avoir presque été fiije.
A vous dire le vrai , j'étais assez gentille.
A vingt sept ans , j'avais déjà quatorze enfants.
Quelle fécondité ! quatorze !
AGATHE
Oui , tout grouillants , Et tous garçons encor; je n'en avais point d'antres ^ Et n'en voyais aucun tourné comme les nôtres. Mais ce sont des fripons , et qui finiront mal : Les malheureux voudraient me voir à Thôpital. Croiriez- vous que , depuis la mort de feu leur père , Ils m*ont, jusqu'à présent , chicané mon douaire^ Un douaire gagné si légitimement!
ALBERT, à part.
Hélas ! peut-on plus loin pousser l'égarement ?
LISETTE , à part.
La friponne, «la foi, joue, à charmer, ses rôles.
AGATHE, à Albert.
J'aurais très-grand besoin de quelque cent pistolcs ; Prêtez-les-moi, monsieur, pour subvenir aux frais, Et pour faire juger ce malheureux procès.
ALBERT
Tu révcs, mon enfant : mais, pour te satisfaire , J'avancerai les frais , et j'en fais mon affaire.
AGATHE
Si je n'ai cet argent , ce jour, en mon pouvoir, Mon unique recours sera le désespoir.
ALBERT
Mais songe, mon enfant...
Vous êtes honnête honime ;