‹ Théatre de Regnard (volume 3)Chapitre 250 sur 404 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

APOLLON

Vous VOUS plaignez à tort d'un trop pénible em()loi.

S'il TOUS fallait donc, comme moi.

Éclairer la machine ronde.

Rendre la nature féconde,

Mener quatre chevaux quinteux ,

Risquer de tomber avec eux ,

Et de faire un bûcher du monde ; Dans ce métier pénible et dangereux ,

Vous auriez sujet de vous plaindre.

Depuis que Tunivers est sorti du chaos , Ai-Je encor trouvé, moi, quelque jour de repos?

Quoi qu'il en soit , parlons sans feindre ; A vous servir je serai diligent.

Le geigneup Jupiter, dont vous êtes Tagent, tiounéte ou non, c'est dont fort (>eu je m'emhanassc ,

Pour goûter des plaisirs nouveaux ,

A quelque nymphe du Parnasse ^

Voudrait-il en dire deux mots.^

MERCURE

Vos Muses, ailleurs destinées,

Sont pour lui par trop surannées :

Depuis trois pu quatre mille ans.

Tous vos faiseurs de vers, mal avec la fortune ,

En ont tous épousé quelqu'une.

H faut à Jupiter des morceaux plus friands : La qualité u*est pas ce qui plus l'inquiète;

Une bergère ,* une grisette ,

Lui fait souvent courir les champs.

APOLLON

Que dit à cela son épouse.!'

MERCURE

Lile suit les transports de son humeur jalouse; Mais le bon Jupiter ne s'en étonne pas :

Et là-haut , c'est comme ici-bas ; Quand un époux a fait quelque intrigue nouvelle, La femme a beau crier, le mari va son train. Quand la dame, en revanche , a formé le dessein De se dédommager d'un époux infidèle ,

Et qu'un galant se rend patron

De la femme et de la maison ,

282 LliS MÉNECHxMliS.

L'époux a beau gronder, taire le ridicule , Il faut qu'il en passe par là, Et qu'il avale la pilule, Ainsi que Yulcain Tavala.

APOLLON

Quelle est donc la raison nouvelle Qui près d'Apollon vous appelle ?

MERCURE

Je vais vous le dire ; écoutez :

Vous savez qu'au ciel et sur terre

On me donne cent qualités.

Je suis Tagent du dieu qui lance le tonnerre ;

Je conduis les morts aux enfers ;

Mon pouvoir s'étend sur les mers.

Je suis le dieu de l'éloquence.

Ma planète préside aux fous,

Aux marchands ainsi qu'aux filoux :

Fort petite est la différence.

Je donne aux chimistes la loi. Des pâles médecins la cohorte assassine

Afappelle , suivant mon emploi ,

Le furet de la médecine :

Heureux qui se passe de moi f

APOLLON

Entre tant de métiers mis dans votre apanage , Qui pourraient fatiguer quatre dieux comme vous. C'est celui de porter, je crois , les billets doux Qui vous occupe davantage.

MERCURE

Mon crédit est tombé , je suis de bonne foi. Chacun , depuis un temps , de ce métier se pique ; Et tant d'honnêtes gens exercent mon emploi ,

Que je leur laisse ma pratique ; Ils y sont presque tous aussi savants que moi.

APOLLOM.

Vous avez trop de modestie.

Mais venons donc au fait dont il est question.

MERCURE

Les spectacles, la comédie, Me donnent, à Paris , quelque occupation ; Je les ai pris sous ma protection.

Page 1