‹ Théatre de Regnard (volume 3)Chapitre 253 sur 404 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

MEUCUHE.

Si Piaule a fait en ce lieu sa retraite, Où donc renverrons-nous nos rimeurs d'aujourd'liiii ?

APOLLON

Un poète aisément s'endort dans la mollesse. L'abondance souvent , unie à la paresse,

Sèche sa veine et la tarit; Mais la nécessité réveille son esprit.

MERCURE

Enfin , quel qu'ait été votre sort domestique ,

Je viens , charmé de vos talents , Vous demander une pièce comique, De celles que dans Rome on vit de votre temps ,

Pour savoir si le goût antique Trouverait à Paris encor ses partisans.

PLAUTE

J'en doute fort. Les caractères ,

Les esprits , les mœurs , les manières ,

En près de deux mille ans ont bien changé , je croi. Et, par exemple, dites-moi,

A Paris aujourd'hui de quel goût sont les dames ?

MERCURE

Mais... «lies sont du goût des femmes.

PLAUTE

A Rome, de mon temps, libres dans leurs soupirs, Elles ne trouvaient point l'hymen un esclavage ; Et , faisant <}u divorce un légitime usage , Elles changeaient d'époux au gré de leurs d6>irs.

MERCURE

Oh ! ce n'est plus le temps. Une loi plus austère

Fixe une femme au premier choix :

Elle ne peut avoir qu'un époux à la fois ;

Mais on usage moins sévère AUX coquettes du temps permet encor parfois D'avoir autant d'amants qu'elles en peuvent faire.

APOLLON

C'est un tempérament; et, comme je le voi, L'usage adoucit bien la rigueur de la loi.

PLAUTE

Mais voit-on encor, par la ville , Une troupe lâche et stérile

De Cadeft et mauvais plaisante

Qui chez les grands de Rome allaient chercher à vivre, Et qni ne cessaient de le» suivre, Soit à Ift ville , soit aux champs?

De ces lâches flatteurs , des complaisants serviles , Que dans mes vers j'ai souvent expiimés ? Des parasites ahamés , De ces importants inutiles.

Qui tous les jours dans les maisons,

A l'heure du dtoer, font de sûres visites?

BERGTJRE.

Non ; mais l'on y voit des Gascons Qui valent bien des parasites.

PLAUTE

Le goût étant changé, comme enfin je le vois , Une pièce de moi , je crois, ne plairait guère ; A moins qu*ApolIon ne fit choix D'un auteur comique et françois.

Qui pût accommoder le tout à sa manière. Porter la scène ailleurs , changer, faire et défaire S'il pouvait réussir dans ce noble dessein, Moitié français , moitié romain , Je pourrais peut-être encor plaire.

APOLLON

Je me souviens qu'un de ces jours.

Un auteur, qui parfois erre dans ces détours,

Me fit voir un sojet qu'on nomme Les MÉNECHHES , qu'il dit avoir tiré de vous ,

Et qui fut applaudi dans Rome.

PLAUTE

Tout auteur que je sois , je ne suis point jaloux Que mon travail lui soit utile.

Le sujet qu'il a pris Divertit autrefois un peuple difficile; Et peut être auratil même sort à Paris.

MERCURE

Sur cet augure heureux, de ce pas je vais faire Tout ce qui sera nécessaire Pour mettre la pièce en état.

APOLLON

VA moi , je vais commencer ma carrière ,

PROI.OGUE. 287

et rendre au inonde sou éclat.

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