PLAUTE, APOLLON, MERCURE
APOLLON, à Piaule.
PendaDt que tu vivais , je t*ai comblé de gloire , Autant que de son temps auteur le fut jamais ; J'ai fait'graYer ton nom au temple de Mémoire , Et t'ai prodigué mes bienfaits.
PLAUTE
11 est vrai. Mais enfin , quelque amour qui tous guide ^
Les dons qu'aux beaux esprits prodigue votre main N'ont rien de réel, de solide,
£t n'ôtent pas toujours les soins du lendemain.
Qui ne mâche chez vous qu'un laurier insipide Court risque de mâcher à vide , Et souvent de mourir de faim ; Et si j'avais à reprendre naissance , J'aimerais mieux être portier D'un traitant ou d'un sons-fermier, Que mignon de votre excellence. "
MERCURE
C'est faire peu de cas, et mettre à trop bas prix Les faveurs qu'Apollon dispense aux beaux esprits ; Et mon avis n'est pas le vôtre.
PLAUTE
J'en pourrais mieux parler qu'un autre.
Croiriez* vous que , sur mon déclin, Laissant le dieu des vers, que j'étais las de suivre, Ne pouvant me donner de pain , Je me suis vu réduit , pour vivre , A tourner la meule au moulin ?
MERCURE
Vous !
PLAUTE
Moi.
MERCURE
Cet illustre poëte, Finir ses jours au moulin !
PLAUTE
Oui.