‹ Théatre de Regnard (volume 3)Chapitre 256 sur 404 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

VALENTlN meta terre une Talise qu'il portait, et s'assied

dessus.

Quant à présent , monsieur , je ne tous puis rien dire ; Un moment , s'il vous platt , souffrez que je respire : Je suis tout essoufflé.

Veux-tu donc tous les jours Me mettre au désespoir, et me jouer ces tours ? Je ne sais qui me tient , que de vingt coups de canne... Quoi ! maraud I pour aller jusques à la douane Retirer ma valise, il te faut tant de temps?

YÀLENTIN.

Ah ! monsieur, ces commis sont de terribles gens!

Les Juifs, tout Juifs qu'ils sont, sont moins durs, moins arabes :

Ils ne répondent point que par monosyllabes.

Oui. Non. Paix. Quoi ? Monsieur... Je n'ai pas le loisir.

Mais, monsieor... Revenez. Faites-moi le plaisir...

Vous me rompez la tète ; allez. Enfin , les traîtres,

Quand on a besoin d'eux , sont plus fiers que leurs maîtres.

m CHEVALIER.

Quoi i tu serais resté jusqu'à l'heure qu'il est Toujours à la douane?

VALENTlN.

Oh I non pas , s'il vous platt.

Voyant que le commis qui gardait nia valise Usait depuis une heure avec moi de remise , Las d'avoir pour objet un visage ennuyeux , J'ai cru qu'au cabaret j'attendrais beaucoup mieux.

LE CHEVALIER

Faudra-t*U que le vin te commande sans cesse?

VALENTlN.

Vous savez que chacun , monsieur, a sa faiblesse; Mais le mauvais exemple , encor plus que le vin , Me retient , malgré moi , dans le mauvais chemin. Je me sens de bien vivre une assez bonne envie.

LE CHEVALIER

Mais pourquoi hantes-tu mauvaise compagnie ?

VALENTlN,

Je fais de vains efforts, monsieur, pour l'éviter; Mais je vous aime trop, je ne puis vous quitter.

ItEGIHARP. 26

290 LES MENËCHMËS.

LE CHEVALIER

Que dis-tu donc , maraud ?

TALENTIN.

Monsieur , un long usage De parler librement me donne Tavantage.

En pareil cas que moi tous vous êtes trouvé ; Assez souvent , d*an vin bien pris et mal cuvé, Je vous ai vu le chef plus lourd qu'à l'ordinaire: J'ai même quelquefois prêté mon ministère Pour vous donner la main et vous conduire au lit. De ces petits excès je ne vous ai rien dit : Nous devons nous prêter aux faiblesses des autres , Leur passer leurs défauts , comme ils passent les nôtres.

LE CHEVALIE».

Je te pardonnerais d'aimer un peu le vin, Si je te connaissais à ce seul vice enclin : Mais ton maudit penchant à mille autres te porte ; Tu ressens pour le jeu la pente la plus forte...

VALEKTIN.

Ah ! si je joue un peu , c'est pour passer le temps.

Quand vous percez' les nuits dans certains noirs brelans,

Je vous entends jurer au travers de la porte :

Je jure y comme vous , quand le jeu me transporte;

Et, ce qui peut tous deux nous différencier ,

Vous jurez dans la chambre, et moi sur l'escalier.

Je vous imite en tout. Vous, d'une ardeur extrême.

Buvez, jouez, aimez; je bois, je joue , et j'aime :

]«H si je suis coquet , c'est vous qui le premier ,

Consommé dans cet art , m'apprites le métier.

Vous allez chaque jour , d'une ardeur vagabonde.

Faisant rafle partout de la brune à la blonde.

Isabelle à présent vous retient sous sa loi ;

Vous l'aimez, dites- vous : je ne sais pas pourquoi...

LE CHEVALIER

Tu ne sais pas pourquoi ! Se peut il qu'à ses charmes, A ses yeux tout divins on ne rende les armes? Je la vis chez sa tante, où j'en fus encliaiité;

• Cette leçon est conrorme à l'édition originale. Dans la plupart de» autres éditions, on lit passeï au lieu de percez. Voy. la note , acte I'^ scène vi du Distrait.

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