ACTE II, SCÈNE V
Le dîner vous attend ; et vous savez , je crois , Que je -n'ai de plaisir que lorsque je vous voi%
HÉNECHME.
En vérité, madame, il faut que je vous dise...
Que je suis fort sur{Mris... et que dans ma surprise...
Je trouve surpreuant... Je ne m'attendais pas
A voir ce que je vois... Car enfin vos appas,
Quoiqu'un peu... dérangés... pourraient bien me confondre :
Si d'ailleurs...
(à part.)
Par ma foi, je ne sais que répondre.
ARAMINTE
Le trouble où je vous vois , ce noir déguisement , Ne m'annoncent-ils point de triste événement ? Vous est-il survenu quelque mauvaise affaire ? Parlez , mon cher enfant. Daignez ne me rien taire. Vous ètes-voiis battu ?
HÉNECHME.
Jamais je ne me bats.
ARAniMTE.
Tout mon i^en est à vous , et ne l'épargnez pas.
Quand on s*aime , et qu*on a pour but de chastes chaînes ,
Tout le bien et le mal , les plaisirs et les peines ,
Tout, entre deux amants, ne doit devenir qu*nn.
Il faut mettre nos maui et nos biens en commun ;
Et je veux avec vous courir même fortune.
MÉNBCHMB.
Je vous suis obligé de vous voir si cx)minuue;
Mais je n'userai point de la communauté
Que vous m'offrez , madame, avec tant de bonté.
ABÂHIMTE.
Mais je ne comprends point quels discqurs sont les vôtres.
FINETTE
Bon 1 madame, il m'eu a tantôt tenu bien d'autres !
VALENTIN, bas à Aramiote.
Dans ses discours, parfois , il est impertinent.
ARAHINTE.
Entrons donc pour diner.
HÉNEGHVE.
Je ne puis maintenant ; J*ai quelque affaire ailleurs.
312 LES MÉNKGRMES.
ARAMlIfTE.
J'ai tort de vous contraindre Mm de votre froideur j*ai sujet de tout craindre.
Quel diantre de discours! Passez, et laissez-nous. Je n'ai jamais senti ni froid ni chaud pour vous.
FINETTE
Eb bien! peut-on plus loin porter l'impertinence? Ferme, monsieur; ici poussez bien l'insolence. Mais , ma foi , si jamais chez nous vous revenez , Je vous fais de la porte un masque sur le nez.
MJÊNEOHME.
Quand j'irai , je consens , pour punir ma folie, Que la porte sur moi se brise et m*estropie.
ARAHINTE.
Mais d'où venez-vous donc? Ne me déguisez rien.
Vous feignez Tignorer; mais vous le savez bien. N*avez-vous pas tantôt envoyé voir au coche Qui je suis, d'où je viens, où je vais?
ARAMINTE
Quel reproche!
Et de quel coche ici me venez-vous parler?
HÉNECnUE.
Du coche le plus rude où mortel puisse aller;
Et je ne pense pas que , de Paris à Rome,
Un autre , ttl qu'il soit, cahote mieux son homme.
ARAMINTE
Finette, il perd l'esprit.
FINETTE
Il ne perd pas beaucoup.
Il faut assurénteht qu'il ait trop bu d'un coup : Cest le vin qui le porte à ces extravagances.
Je suis las , à la fin , de tant d'impertinences . Des soins plus importants me mettent en souci : C'est pour les terminer que l'on me voit ici , Et non pas pour dîner avec des créatures Qui viennent comme vous chercher des aventures.
ARAMINTE
Des créatures! Ciel! quels tenues gont-ce là ?