‹ Théatre de Regnard (volume 3)Chapitre 272 sur 404 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

Le dîner vous attend ; et vous savez , je crois , Que je -n'ai de plaisir que lorsque je vous voi%

HÉNECHME.

En vérité, madame, il faut que je vous dise...

Que je suis fort sur{Mris... et que dans ma surprise...

Je trouve surpreuant... Je ne m'attendais pas

A voir ce que je vois... Car enfin vos appas,

Quoiqu'un peu... dérangés... pourraient bien me confondre :

Si d'ailleurs...

(à part.)

Par ma foi, je ne sais que répondre.

ARAMINTE

Le trouble où je vous vois , ce noir déguisement , Ne m'annoncent-ils point de triste événement ? Vous est-il survenu quelque mauvaise affaire ? Parlez , mon cher enfant. Daignez ne me rien taire. Vous ètes-voiis battu ?

HÉNECHME.

Jamais je ne me bats.

ARAniMTE.

Tout mon i^en est à vous , et ne l'épargnez pas.

Quand on s*aime , et qu*on a pour but de chastes chaînes ,

Tout le bien et le mal , les plaisirs et les peines ,

Tout, entre deux amants, ne doit devenir qu*nn.

Il faut mettre nos maui et nos biens en commun ;

Et je veux avec vous courir même fortune.

MÉNBCHMB.

Je vous suis obligé de vous voir si cx)minuue;

Mais je n'userai point de la communauté

Que vous m'offrez , madame, avec tant de bonté.

ABÂHIMTE.

Mais je ne comprends point quels discqurs sont les vôtres.

FINETTE

Bon 1 madame, il m'eu a tantôt tenu bien d'autres !

VALENTIN, bas à Aramiote.

Dans ses discours, parfois , il est impertinent.

ARAHINTE.

Entrons donc pour diner.

HÉNEGHVE.

Je ne puis maintenant ; J*ai quelque affaire ailleurs.

312 LES MÉNKGRMES.

ARAMlIfTE.

J'ai tort de vous contraindre Mm de votre froideur j*ai sujet de tout craindre.

Quel diantre de discours! Passez, et laissez-nous. Je n'ai jamais senti ni froid ni chaud pour vous.

FINETTE

Eb bien! peut-on plus loin porter l'impertinence? Ferme, monsieur; ici poussez bien l'insolence. Mais , ma foi , si jamais chez nous vous revenez , Je vous fais de la porte un masque sur le nez.

MJÊNEOHME.

Quand j'irai , je consens , pour punir ma folie, Que la porte sur moi se brise et m*estropie.

ARAHINTE.

Mais d'où venez-vous donc? Ne me déguisez rien.

Vous feignez Tignorer; mais vous le savez bien. N*avez-vous pas tantôt envoyé voir au coche Qui je suis, d'où je viens, où je vais?

ARAMINTE

Quel reproche!

Et de quel coche ici me venez-vous parler?

HÉNECnUE.

Du coche le plus rude où mortel puisse aller;

Et je ne pense pas que , de Paris à Rome,

Un autre , ttl qu'il soit, cahote mieux son homme.

ARAMINTE

Finette, il perd l'esprit.

FINETTE

Il ne perd pas beaucoup.

Il faut assurénteht qu'il ait trop bu d'un coup : Cest le vin qui le porte à ces extravagances.

Je suis las , à la fin , de tant d'impertinences . Des soins plus importants me mettent en souci : C'est pour les terminer que l'on me voit ici , Et non pas pour dîner avec des créatures Qui viennent comme vous chercher des aventures.

ARAMINTE

Des créatures! Ciel! quels tenues gont-ce là ?

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