‹ Théatre de Regnard (volume 3)Chapitre 279 sur 404 · ACTE m, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE IV

DÉMOPHOIf.

Ce parti vous est fort conTcnable ; La iiaissaoce , le bien . tout m'est très-agréable ; Et la personne aussi sera do votre goût,

ISABELLE

Mon père , sans pousser ce discours jusqu'au bout, Permettez-moi de dire, avecque déférence, £t sans vouloir pour vous manquer d'obéissance , Que je ne prétends point me marier.

DÉHOPHON.

Comment ?

D*où nous vient pour l'bymen ce brusque éloignement? Vous n'avez pas tenu toujours un tel langage.

II est vrai; mais enfin Tesprit vient avec Tâge. J'en connais les dangers. Aiy^^urd'bui les époux Sont tous , pour la plupart , inconstants ou jaloux ; Us veulent qu'une femme épouse leurs caprices : Les plus parfaits sont ceux qui n'ont que peu de vices.

DÉMOPHON

Celui-ci te plaira quand tu l'auras connu.

ISABELLE

Tel qu'il soit, je le hais avant de l'avoir vu :

Il suffit que ce soit un homme de province ;

Et je n'en voudrais pas, quand ce serait un prince.

LE CHEVALIER, 86 montrant.

Madame , il ne faut pas si fort se déchaîner Contre le malheureux que Ton veut vous donner; Si vous le haïssez, il s'en peut trouver d'autres De qui les sentiments différeront des vôtres.

ISABELLE f à part.

Que vois-je ? juste ciel I et quel étonnement 1

C'est Ménechme, grands dieux I c'est lui , c'est mon amant.

DÉMOPHON , au chevalier.

Je suis au désespoir qu'un dégoût téméraire Ait rendu son esprit à mes lois si contraire : Mais je l'obligerai , si vous le souhaitez..

LE CHEVALIER

Non; ne contraignons point, monsieur, ses volontés : J'aimerais mieux mourir, que d'obliger madame

320 LES MÉNIÎCHMES.

A faire quelque effort qui contraignît son âme.

DÉHOPHON.

Regarde le parti qui t'était destiné :

Un époux fait à peindre , un jeune homme bien né ,

Dont Tesprit est égal au bien , à la naissance.

LE CHEVALIER

J'aYais tort de porter si haut mon espérance.

ISABELLE

Quoi ! c*est là le parti que vous me proposiez ?

[demophom.

Eh ! oui , si dans mon choix vous ne me traversiez , Si votre sot dégoût et vos folles pensées Ne rompaient mes desseins et toutes mes visées.

ISABELLE

 ne TOUS point mentir , depuis que je Tai vu , Moncœor n*est plus si fort contre lui prévenu.

DÉHOPHON.

Vous voyez ce que fait Tautorité d*un père.

LE CHEVALIER

Vous n'avez plus pour moi cette haine sévère.!* Et votre œil sans dédain s'accoutume à me voir ?

ISABELLE

Mon père me l'ordonne , et je suis mon devoir.

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