ACTE II, SCÈN£ ViH
C*est de l'argent comptant dont je fais plus de cas. Vous en aurez menti , cela ne sera pas , C'est moi qui tous le dis , mon cher monsieur G^ronte ; Vous avez fait sans moi trop vite Totre compte. Et qui sont ces parents ?
L'un est un bas Normand , Gentilhomme, natif d'entre Falaise et Gaen ; L'autre est une baronne , et Teaye sans douaire , Qui dans le Maine fait sa demeura ordinaire. Plaideuse s'il en fut, comme on m'a dit souvent, Qui , de Tingt>cinq procès , en perd trente par an.
GRISPIN.
C'est tirer du métier toute la quintessence. Puisque pour les procès elle a si bonne chance, )1 faut lui faire perdre encore celui-ci.
LiSBTTE.
L'un et l'autre bientôt arriveront ici.
11 faut, mon cher Crispin , tirer de ta cervelle. Comme d'un arsenal , quelque ruse nouvelle Qui déporte Géronte à leur faire ce legs.
CRISPIN
A-t'il vu quelquefois ces deux pareiits?
LISETTE
Jamais.
Il a su seulement, par une lettre écrite. Qu'ils viendraient à Paris pour lui rendre visite.
CBISFIN.
Mon visage chez vous n'est-il point trop connu?
USETTB.
Géronte, tu le sais, ne t'a presque point vu : Et , pour te dire vrai , je suis persuadée Qu'il n'a de ta figure encore nulle idée.
CRISPIN
Bon. Mon maître sait-il ce dai^ereux projet, L'entention de l'oncle , et le torf qu'on lui fait.'
11 ne le sait que trop : dans son cœur il enrage. Et voudrait que quelqu'un détournât cet orage.
CRISPIN
Je serai ce quelqu'un , je te le promets bien.
384 LE LËCàTâIRE UNIVERSEL.
De la snooession les parents n'auront rien ; Et je yeux qne Géronte à tel point les haïsse , Qa*ils soient déshérités; de plus, qn'U les maudisse , Eux et leurs descendants', à perpétuité, Et tous les rejetons de leur postérité.
LISETTE
Quoi I tu pourrais , Crispin...
CRispm.
Va , demeure tranquille ; Le prix qui m'est promis me rendra tout facUe : Car je dois t'épouser, si...
usmTB.
D'accord... mais enfin...
CRISPIN
Comment donc ?
LISETTE
Tu m'as l'air d'être un peu libertin.
Ne nous reprochons rien.
LISETTE
On sait de tes fredaines.
CRISPIN
Nous sommes but à but : ne saîs-je point des tiennes?
LISETTE
Tu dois de tous côtés, et tu devras longtemps.
CRISPIN
J'ai cela de commun avec d'honnêtes gens. Mais enfin sur ce point à tort tu t'inquiètes : Le testament de Toncle acquittera mes dettes ; Et tel n'y pense pas qui doit payer pour moi. Mais on Tient.
LISETTE
C'est Géronte. Adieu ; sauTC-toi'.
Va m'attendre là-bas : dans peu j'irai t'instruire De ce que pour ton rôle il faudra faire et dire.
* Ce vers se trouve alnrt dans la plupart des ancteanes éditions. Il est possible que Regnard ait fait adieu de trois syllabes ; et cela n'est pas sans eicmple. Dans l'édition de 17 so, et dans toutes les éditions faites depuis, on Ut :
CoÊi Géronte. Adica : fuis , saoTC-loi.