TR4B0N
C'est un petit repas que le roi m*a rendu : Nous nous traitons parfois.
GLéAMTHIS.
Vous ne sauriez mieui faire :
Rien ne fait des amis oomme la bonne chère , Quoiqu'on embrasse ici des gens de tous métiers, Bien moins pour l'amour d'eux que de leurs cuisiniers.
STRABOIf.
Cet honneur, quoique grand , ne me toucherait guère, Si je n'étais bien sûr du bonheur de vous plaire. Vous aimer est un bien pour moi plus pi^ieqx * Qu'être admis à la table et des rois et des dieux ; £t l'on ne leur sert point, même en des jours de fêtes , De morceau si friand à mon goût que tous l'êtes.
CLÉANTBIS.
N'êtes-Tous point de ceux dont l'usage est connu , Qui ne sont amoureux que quand ils ont bien bu; A qui beaucoup de vin fait sortir la tendresse ; Qui Tont en cet état aux pieds de leur maîtresse Exhaler les transports deleursbrûlanis désirs, Et pousser des hoquets en guise de soupirs ? De nos jeunes seigneurs c'est assez la manière.
STRABON
Ma tendresse n'est point d'un pareil caractère. Bacchus n'est point chez moi Tinterprète d'amour. J'ai près du sexe, enfin , l'air de la vieille cour. Mon coeur s'est laissé prendre en vous Toyant paraître. Et de ses mouYements n'a pins été le maître. L'esprit , la belle humeur , la grâce , la beauté , Tout en vous s'est uni contre ma liberté.
CtJÉANTmS.
Ce n'est point un retour de pure complaisance « Qui me fait hasarder la même confiance ; Mais je TOUS aToueral qu'à vos premiers regarfis Mon faible cosur s'est tu percé de toutes parts. Je ne sais quel attrait , et quel charme invisible En un instant a pu me rendve si sensible ; Et je n'ai point senti de transports aussi doux Pour tout autre mortel que j'en ressens pour vous.
^43 IMÊMOCRITE.
STBABON.
Kn vous réciproquant , tous êtes , je vous jure , De ces heureux tran^iorts payée avec usure. L'on n'a jamais senti des feux si violeats Que ceux qu'auprès de vous et pour vous je ressens. Biais ne puis-je savoir, en voyant tant de charmes , Quel est l'aimable objet à qui je rends les armes ?
GLÉAHTHIS.
Bon ! que vous servirait de savdr qui je suis? Ce nous serait peut-être une source d'ennuis» Après vous avoir fait l'aveu de ma faiblesse.
8TRAB0N.
Ah ! que eette pudeur augmente ma tendresse I Je devrais bien plutôt songer à me cadier.
STBABON.
Rien de vous découvrir ne doit vous empêcher.
CLéANTHIS.
L'homme est d*un naturel si volage et si traître ! ... Qui le sait mieux que moi?
SniiBOH.
Vous en avez peut-être Été souvent trahie? Ici, comme en tous lieux , La femme y à mon avis, ne vaut pas beaucoup mieux. J'en ai, pour mes péchés , quelquefois fait l'épreuve. Êtes- vous fille?
CLéAMTBIS.
Non.
STRABON
Femme?
GLÉANTBIS.
Point du tout.
STRABON
Veuve?
CLÉANTHIS.
Je ne sais.
STRABON
oh ! parbleu , vous vous moquez de nous De quelle espèce.donc, s'il vous plaît, êtes-vous?
CLÉANTiOS.
Je fus fille autrefois, et pour telle employée.