‹ Théatre de Regnard (volume 3)Chapitre 388 sur 404 · TR4B0N · texte numérisé non relu

TR4B0N

C'est un petit repas que le roi m*a rendu : Nous nous traitons parfois.

GLéAMTHIS.

Vous ne sauriez mieui faire :

Rien ne fait des amis oomme la bonne chère , Quoiqu'on embrasse ici des gens de tous métiers, Bien moins pour l'amour d'eux que de leurs cuisiniers.

STRABOIf.

Cet honneur, quoique grand , ne me toucherait guère, Si je n'étais bien sûr du bonheur de vous plaire. Vous aimer est un bien pour moi plus pi^ieqx * Qu'être admis à la table et des rois et des dieux ; £t l'on ne leur sert point, même en des jours de fêtes , De morceau si friand à mon goût que tous l'êtes.

CLÉANTBIS.

N'êtes-Tous point de ceux dont l'usage est connu , Qui ne sont amoureux que quand ils ont bien bu; A qui beaucoup de vin fait sortir la tendresse ; Qui Tont en cet état aux pieds de leur maîtresse Exhaler les transports deleursbrûlanis désirs, Et pousser des hoquets en guise de soupirs ? De nos jeunes seigneurs c'est assez la manière.

STRABON

Ma tendresse n'est point d'un pareil caractère. Bacchus n'est point chez moi Tinterprète d'amour. J'ai près du sexe, enfin , l'air de la vieille cour. Mon coeur s'est laissé prendre en vous Toyant paraître. Et de ses mouYements n'a pins été le maître. L'esprit , la belle humeur , la grâce , la beauté , Tout en vous s'est uni contre ma liberté.

CtJÉANTmS.

Ce n'est point un retour de pure complaisance « Qui me fait hasarder la même confiance ; Mais je TOUS aToueral qu'à vos premiers regarfis Mon faible cosur s'est tu percé de toutes parts. Je ne sais quel attrait , et quel charme invisible En un instant a pu me rendve si sensible ; Et je n'ai point senti de transports aussi doux Pour tout autre mortel que j'en ressens pour vous.

^43 IMÊMOCRITE.

STBABON.

Kn vous réciproquant , tous êtes , je vous jure , De ces heureux tran^iorts payée avec usure. L'on n'a jamais senti des feux si violeats Que ceux qu'auprès de vous et pour vous je ressens. Biais ne puis-je savoir, en voyant tant de charmes , Quel est l'aimable objet à qui je rends les armes ?

GLÉAHTHIS.

Bon ! que vous servirait de savdr qui je suis? Ce nous serait peut-être une source d'ennuis» Après vous avoir fait l'aveu de ma faiblesse.

8TRAB0N.

Ah ! que eette pudeur augmente ma tendresse I Je devrais bien plutôt songer à me cadier.

STBABON.

Rien de vous découvrir ne doit vous empêcher.

CLéANTHIS.

L'homme est d*un naturel si volage et si traître ! ... Qui le sait mieux que moi?

SniiBOH.

Vous en avez peut-être Été souvent trahie? Ici, comme en tous lieux , La femme y à mon avis, ne vaut pas beaucoup mieux. J'en ai, pour mes péchés , quelquefois fait l'épreuve. Êtes- vous fille?

CLéAMTBIS.

Non.

STRABON

Femme?

GLÉANTBIS.

Point du tout.

STRABON

Veuve?

CLÉANTHIS.

Je ne sais.

STRABON

oh ! parbleu , vous vous moquez de nous De quelle espèce.donc, s'il vous plaît, êtes-vous?

CLÉANTiOS.

Je fus fille autrefois, et pour telle employée.

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