‹ Théatre de Regnard (volume 3)Chapitre 40 sur 404 · ACTE I, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VI

YALÈRE.

Mais y penses-tu bien?^ Où les prendrai-je, dis?

HECTOR

Ma foi I je n'en sais rien.

Pour nippes, nous n'avons qu'on grand fonds d'espérance Sur les prodoits trompeurs d'une réjouissance ; Et, dans ce siècle-ci , messieurs les usuriers Sur de pareils effets prêtent peu volontiers.

TALÈRE.

Mais quel gage, dis-moi, veux-tu que je lui donne ?

HECTOR

Elle viendra tantôt elle-même en personne : Vous vous ajusterez ensemble en quatre mots. Mais, monsieur, s'il vous plaît , pour changer de propos, Aimeriez-voos toujours la charmante Angélique?

YAli»E.

Si je l'aime? Ah ! ce doute et m'outrage et me pique. Je l'adore.

HECTOR

Tant pis : c'est on signe fâcheux.

Quand vous êtes sans fonds , vous êtes amoureux; Et quand l'argent renait, votre tendresse expire. Votre bourse est, monsieur, puisqu'il faut vous le dire , Un ttiermomètre sûr, tantôt bas, tantôt haut. Marquant de votre cœur, ou le (roid ou le chaud.

VALÈRB.

Ne crois pas que le jeu , quelque sort qu'il me donne, Me fasse abandonner cette aimable personne.

Oui , mais j'ai bien peur , moi , qu'on ne vous plante là.

VALÈRE

£t sur quel fondement peux -tu juger cela?

HECTOR

Nérine sort d'ici, qui m'a dit qu'Angélique Pour Dorante votre oncle en ce moment s'explique ; Que vous jouez toujours , malgré tous vos serments; Et qu'elle abjure enfin ses tendres sentiments.

VALÈRE

Dieux ! que me dis-tu là ?

HECTOR

Ce que je viens d'entendre.

VALÈRE

Bon ! cela ne se peut ; on fa touIu surprendre.

HECTOR

Vous êtes assez riche en bonne opinion , A ce qu*il me paratt.

VALÈRE

Point Sans présomption , On sait ce que Ton Tant.

BECTOR.

Mais si, sans vouloir rire.

Tout aflait comme j'ai l'bonnear de vous le dire, Et qu'Angélique enfin pût changer...

' TÀLÈRB.

En ce cas, Je prends le parti... Mais cela ne se peut pas.

HECTOR

Si cela se pouvait, qu'une passion neuve...

VALÈRE

En ce cas , je pourrais rabattre sur la veuve , La comtesse sa sœur.

HECTOR

Ce dessein me platt fort ; J'aime un amour fondé sur un bon coffre-fort; Si vous vouliez un peu vous aider avec elle. Cette veuve , je crois , ne serait point cruelle; Ce serait une éponge à presser au besoin.

VALÈRE

Cette épongé, entre nous , ne vaudrait pas ce soin.

HECTOR

C'est , dans son caractère , une espèce parfaite , Un ambigu nouveau de prude et^e coquette. Qui croit mettre les cœurs à contribution , £t qui veut épouser : c'est là sa passion.

VALÈRE

Épouser?

Un marquis , de même caractère , Grand épouseur aussi, la galope et Ja flaife.

VALÈRE

Et quel est ce marquis ?

HECTOR

C'est , à vous parier net,

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